Étude
La culture d’Obeïd : le monde avant les villes de Sumer
Une étude approfondie d’un sujet, accompagnée de preuves et de références.
Poterie, eau, maisons, réseaux et Eridu : comment lire les transformations avant les villes de Sumer sans attribuer aux communautés d’Obeïd une langue, un État ou des noms divins non démontrés ?
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Dates
Les dates ont des rôles distincts. La chronologie utilise la création, la composition ou la période couverte, plutôt que la publication ou la découverte.
- Période étudiée
- Environ De 6500 avant notre ère à 3800 avant notre ère
Texte
Avant qu’UrukUrukVille ancienne de Warka, dans le sud de l’Irak, devenue un grand centre urbain vers 3200 avant notre ère et ayant livré des tablettes anciennes d’écriture et de comptabilité.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication ne devienne l’une des premières grandes villes, et avant que les tablettes ne conservent les noms d’InannaInanna / IshtarDéesse mésopotamienne majeure ayant un centre important à Uruk, de filiations et traditions cultuelles variées plutôt qu’une généalogie unique.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, d’EnkiEnkiDivinité mésopotamienne liée aux eaux douces profondes, à la sagesse et à Eridu, appelée Ea dans la tradition akkadienne. La première mention écrite conservée ne date pas l’origine du culte et n’identifie pas le dieu de l’Eridu obéidienne.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication et d’EnlilEnlilDieu mésopotamien majeur associé à Nippur et Ekur, de rang élevé dans les textes dynastiques archaïques avant la première attestation connue des Anunna.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, le sud de la MésopotamieMésopotamieRégion historique associée au Tigre et à l’Euphrate, ayant abrité de nombreuses sociétés et civilisations.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication connut de longues transformations dans ses rapports à la terre, à l’eau, au travail et aux lieux.
Villages permanents, poteries peintes, maisons qui s’agrandissent et relations jusqu’au Golfe et à des régions lointaines : ce monde existait déjà. Sur certains sites, des bâtiments dépassaient l’échelle et les fonctions possibles d’un foyer ordinaire. Les villes historiques restaient à former, mais plusieurs conditions favorisant leur développement apparaissaient.
Nous appelons aujourd’hui cet ensemble « culture d’ObeïdCulture d’ObeïdDésignation archéologique de traditions matérielles du sud mésopotamien diffusées régionalement. Cadre méridional large vers 6500–3800 av. n. è. ; pas un peuple de langue connue, et limites variables selon région et phases.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication ». Il précède les textes permettant de lire les noms de ses habitants et de leurs divinités. Son étude doit donc distinguer les vestiges matériels des interprétations qu’on en propose.
Qu’est-ce que la culture d’Obeïd ?
La culture d’Obeïd est une désignation archéologique de traditions matérielles et de phases chronologiques apparues dans le sud de la Mésopotamie, dont certains éléments se sont ensuite diffusés. Ce n’est ni le nom ancien attesté d’un peuple ni celui d’une langue connue. Le terme vient de Tell al-Obeïd, près d’Ur, et non d’un document laissé par ces communautés.[1]
Ses limites ne sont pas identiques partout. Un cadre méridional large, comprenant la phase 0 et la phase terminale 5, s’étend approximativement de 6500 à 3800 av. n. è. Certains ouvrages ou collections emploient 5500–4000 av. n. è., ou d’autres intervalles, pour une partie de ces traditions ; la séquence est plus courte au nord de la Mésopotamie.[1][3]
Des dates différentes ne signifient donc pas nécessairement qu’une seule est juste. Il faut d’abord préciser la région, les phases et la définition retenues. Les dates de cette étude constituent un cadre général approximatif, sans affirmer que chaque site fut obéidien pendant tout cet intervalle.
Une longue séquence, pas un instant unique
Les traditions méridionales sont généralement réparties entre Obeïd 0, particulièrement associé à Tell el-Oueili ; Obeïd 1, ou phase d’EriduEriduSite d’Abu Shahrain dans le sud de l’Irak, à longue séquence architecturale antérieure à l’écriture. Associé à Enki aux époques historiques, sans identifier l’être sacré de ses premières couches.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication ; Obeïd 2, lié à Hajji Muhammad ; puis les phases 3 et 4. Certaines séquences ajoutent une cinquième phase terminale. Ces divisions ordonnent des changements de céramique et d’architecture, sans désigner des peuples successifs apparaissant avec chaque numéro.[1]
« Communautés obéidiennes » est ainsi un raccourci moderne pour des sociétés partageant des aspects de leur culture matérielle. On ne peut en déduire une identité ethnique ou une langue unique, ni la même économie, les mêmes ritesRitePratique organisée ou distinguée, porteuse de sens pour une communauté ; ses traces ne révèlent pas à elles seules une doctrine associée.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication et la même organisation partout où apparaît une poterie semblable.[2]
Le sud de l’Irak avant les villes
Le cœur méridional se trouvait dans la plaine alluviale de l’actuel sud de l’IrakIrakL’Irak est un État moderne englobant une grande partie de la Mésopotamie ancienneGlossaire · Cliquez pour lire l’explication. Fleuves, marais, terres cultivables et ressources aquatiques contribuaient à la répartition des villages et à leurs moyens de subsistance. La présentation du projet de Lagash décrit des communautés utilisant céréales, poissons, oiseaux et mollusques dans des environnements variés de plaine, de marais et du Golfe.[4]
Ce paysage n’était pas une carte immuable. Cours d’eau, sédimentation et rivages ont changé ; leur reconstitution exige des données géomorphologiques et des datations locales. Une seule ligne ne peut représenter le Golfe durant toute la période, et les systèmes d’irrigation du Lagash historique ne doivent pas être projetés sur ces villages bien antérieurs.[4][10]
Habitat durable, production et relations entre établissements se développaient, avec des différences de taille et d’organisation. Ces villages n’étaient pas de simples salles d’attente de la ville : des générations y vécurent dans des mondes complets.
L’eau : aménager sans supposer un État précoce
Les pluies du sud mésopotamien ne suffisent généralement pas à une agriculture étendue et régulière. L’accès à l’eau et sa gestion avaient donc une grande importance. Les présentations générales d’Obeïd évoquent l’agriculture irriguée aux côtés de l’exploitation des fleuves et des ressources marines.[3]
Mais « irrigation » ne signifie pas nécessairement, dès le départ, un immense réseau dirigé par un État centralisé. On pouvait utiliser des chenaux naturels et des brèches fluviales, puis les modifier ou creuser des canaux locaux. Chaque forme doit être datée avant de lui attribuer un appareil administratif non démontré.
Une étude de la région d’Eridu publiée en septembre 2026 associe télédétection, terrain et datation d’échantillons du paysage hydraulique. La date la plus ancienne de l’échantillonnage étudié se situe approximativement entre 4540 et 4443 av. n. è., tandis que d’autres exemples de réseaux plus réguliers sont postérieurs. Elle date un échantillon dans son contexte, pas nécessairement la construction de chaque canal, ni un réseau développé dans tout le sud dès 6500 av. n. è.[5]
Ce travail permet de tester les rapports entre eau et habitat plutôt que d’adopter une histoire toute faite d’un État né pour creuser des canaux.
La poterie : un indice repérable, pas une identité entière
Parmi les objets obéidiens les plus connus figurent des récipients clairs, parfois verdâtres ou jaunâtres, décorés de bandes, de lignes et de motifs géométriques sombres, parfois plus complexes. Les changements de forme et de décor aident à ordonner les phases et à rapprocher les sites, sans réunir tous les potiers dans une société unique.[1][2]
La photographie principale montre une coupe obéidienne du Metropolitan Museum of Art, provenant de la tombe 136 du cimetière d’Eridu. Le musée la date du milieu du VIe–Ve millénaire av. n. è. C’est une pièce précise au contexte documenté, qui ne représente pas à elle seule toute la céramique d’Obeïd.[6]
Un style artisanal peut circuler par apprentissage, imitation, échange ou déplacement de personnes. Les récipients seuls ne permettent pas de décider si leur arrivée ailleurs relève d’une migration, du commerce, de cadeaux ou d’une production locale influencée.
Une vaste sphère d’interaction
Des éléments obéidiens se rencontrent dans certaines parties du nord mésopotamien, de la Syrie, du sud-est anatolien, du sud-ouest iranien et du littoral du Golfe. Leur présence n’a pas partout le même sens : importations, traditions locales influencées ou ensembles plus larges de pratiques partagées.[2][3]
Certains chercheurs préfèrent ainsi une sphère d’interaction reliant des communautés diverses à l’idée d’un empire d’Obeïd ou d’un peuple occupant chaque site où apparaît cette poterie. L’analyse de Gil Stein insiste sur les identités locales et les variations économiques et sociales au sein de cet horizon.[2]
Les objets peuvent voyager plus loin que leurs fabricants. Une technique peut circuler sans une langue ou une autorité politique. Cette distinction empêche une carte de poteries de devenir celle d’un État non démontré.
Matériaux lointains et réseaux de contact
La plaine méridionale fournissait argile, terres et eau, mais certains artisanats nécessitaient des matériaux extérieurs. Les relations s’inscrivaient dans un monde d’échanges, de parenté, de déplacements et d’intermédiaires, sans devoir ressembler au marché moderne ou au commerce des royaumes ultérieurs.
Une étude géochimique publiée en 2016 a retracé l’obsidienne de sites syriens, irakiens et du Golfe sur des périodes comprenant Obeïd et d’autres phases. Ces analyses identifient des sources volcaniques et l’accès aux matériaux, sans déterminer seules les marchands, les paiements ou l’organisation politique des déplacements.[7]
La poterie obéidienne dans le Golfe témoigne de contacts, à condition de distinguer la présence des pièces des explications proposées pour leur voyage.[3] Reconnaître des villages connectés n’exige pas d’inventer des commerçants au service d’un État obéidien unifié.
La maison et le langage architectural de l’institution
Plusieurs sites présentent un plan tripartitePlan tripartiteOrganisation architecturale à espace central allongé et parties ou pièces latérales. Décrit la répartition spatiale, pas forcément trois pièces. Présente dans maisons et bâtiments rituels ; ne détermine pas seule la fonction.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication : une salle centrale entourée de pièces latérales. Les exemples et leurs fonctions varient ; le plan seul ne classe pas le bâtiment. Un langage architectural domestique pouvait aussi servir une construction dépassant un foyer.[2]
D’où une possibilité séduisante : certaines institutions auraient repris, agrandi et spécialisé le modèle domestique. Jason Ur propose de comprendre en partie les institutions et les villes mésopotamiennes par les transformations de l’organisation et des relations du foyer, plutôt que par une apparition soudaine de la bureaucratie.[8]
Il s’agit d’un outil interprétatif, pas d’une preuve que tout temple fut d’abord une maison ou toute grande maison un futur temple. Un changement de fonction exige des indices d’usage, de contenu, d’espace et d’histoire locale, au-delà de la ressemblance architecturale.
Les maisons étaient-elles égales ?
Certains sites montrent des différences de taille et de biens, sans nécessairement révéler les classes royales des périodes suivantes. Tell Abada, dans le bassin du Hamrin, a livré un village obéidien du Ve millénaire av. n. è., avec maisons, ateliers de poterie et installations diverses sur trois niveaux d’occupation.[9]
Un bâtiment, la maison A, était plus grand que d’autres et associé à des objets et des caractéristiques particuliers. Les chercheurs discutent de foyers de statut supérieur ou de fonctions dépassant la famille. La taille seule ne fait ni un roi ni un système de transmission du pouvoir.[2][11]
Le statut pouvait dépendre de ressources lointaines, de l’organisation du travail, de la mémoire et des sépultures, ou d’activités collectives. Ces possibilités demandent des preuves et dépassent l’alternative entre égalité parfaite et État pleinement stratifié.
Un travail au-delà du foyer
Certains sites septentrionaux de l’Obeïd tardif révèlent de grands bâtiments, des activités de production et de stockage et des scellements, permettant d’étudier une organisation dépassant une seule maison. Une étude récente examine Tell Feres et d’autres exemples dans un cadre nord-mésopotamien d’environ 5200–4500 av. n. è.[11]
On ne peut pourtant assembler une grande maison du Hamrin, un bâtiment public du nord et la séquence méridionale d’Eridu pour attribuer le même système à chaque village obéidien. Ces indices suggèrent des trajectoires différentes selon le temps et le lieu, pas un modèle social uniforme.[2]
Une institution peut apparaître lorsqu’une fonction collective persiste au-delà d’un foyer : production, stockage, rassemblement ou rite. Cette fonction seule ne définit pas définitivement le gouvernement de la communauté.
Eridu : continuité du lieu et limites de lecture
Eridu, ou Abu Shahrain, est un site essentiel pour les continuités et transformations architecturales du sud. Dans les années 1940, le « sondage du temple » révéla une célèbre séquence de dix-huit niveaux architecturaux contribuant à la périodisation d’Obeïd. La mission actuelle réexamine le complexe et son paysage.[10]
Il est tentant d’en faire un récit simple : petite maison, grande maison, puis temple. Mais la position sous un temple postérieur ne fixe pas automatiquement la fonction d’un bâtiment. Installations, objets et usages doivent être examinés niveau par niveau, en tenant compte des pertes et des destructions dues aux constructions suivantes.
Le rapport de la campagne 2022, publié en 2025, étudie notamment le complexe, les terrasses et l’architecture postérieure. Nous ne l’utilisons pas pour affirmer que chaque niveau plus ancien fut définitivement une maison ou un temple : cela demanderait une analyse plus précise que sa seule position dans le sondage.[10]
La photographie montre des vestiges de la zigguratZigguratTour de temple élevée sur des terrasses dans l’architecture mésopotamienne historique. Toute plateforme de temple n’est pas une ziggurat ; la hauteur ne démontre pas un parcours d’évolution unique.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication d’Eridu, postérieurs à Obeïd. Elle illustre l’importance durable du lieu, et non l’un de ses premiers bâtiments obéidiens.[13]
Peut-on lire le nom d’Enki dans l’Eridu obéidien ?
La tradition mésopotamienne historique associe Eridu à Enki, au temple E-AbzuAbzuEaux douces profondes des conceptions mésopotamiennes historiques, liées à Enki/Ea. Le nom figure dans E-abzu, « Maison de l’Abzu ». Il n’identifie pas automatiquement une plateforme obéidienne ni un bassin.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication et aux eaux douces profondes de la cosmologie. Connaître cette identité par les textes et l’architecture historiques ne permet pas de la reporter automatiquement sur toutes les couches antérieures.[10]
Le caractère sacré du lieu a pu persister ; la figure sacrée ou son interprétation a pu changer ; un nom a pu connaître une histoire orale antérieure à sa première attestation conservée. Ce sont des possibilités distinctes que la poterie obéidienne ne départage pas.
Il faut maintenir deux propositions séparées : Eridu était associé à Enki aux époques historiques, et l’identité de l’être sacré dans ses premières phases nous est inconnue. La continuité spatiale compte, mais elle n’est pas un nom divin écrit.
Sceaux et jetons : distinguer avant l’écriture
Les sceaux existaient avant Obeïd, mais figurent aussi dans ses traditions avec des images et des pratiques variées. Un sceau-cachetSceau-cachetSurface gravée pressée sur une matière souple pour laisser une empreinte pouvant distinguer personne, objet ou procédure. Diffère du sceau-cylindre roulé ; les images seules ne font ni écriture ni preuve de croyance.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication est une surface gravée laissant une empreinte lorsqu’on la presse sur une matière souple. Selon le contexte, l’empreinte peut distinguer une personne, un objet ou une procédure.[3][12]
Le sceau obéidien illustré est attribué par le musée à la Syrie ou à l’AnatolieAnatolieL’Anatolie est la région occupant la partie asiatique de la Turquie actuelleGlossaire · Cliquez pour lire l’explication et daté du VIe–Ve millénaire av. n. è. À côté figure une empreinte moderne rendant le motif lisible, pas une tablette antique. Les animaux représentés ne révèlent ni les croyances du fabricant ni la fonction exacte de chaque empreinte.[12]
Jetons d’argileJetons d’argilePetits objets d’argile de formes variées ; certains servaient à compter, sans démontrer une fonction ou un système comptable unique pour tous.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication et sceaux témoignent de moyens de distinguer et d’organiser les choses. Des marques ne suffisent pas à en faire une écriture, ni à établir une chaîne directe entre chaque jeton obéidien et chaque signe cunéiformeÉcriture cunéiformeÉcriture à signes en forme de coins, issue des traditions de notation mésopotamiennes et utilisée pour plusieurs langues dès le IIIe millénaire avant notre ère.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication ultérieur.[3]
Obeïd était-il un État ? Était-il sumérien ?
Nous n’avons ni noms de rois, ni documents fiscaux, ni appareil écrit permettant de décrire un État comme aux époques mésopotamiennes historiques. Bâtiments et ressources suggèrent des inégalités et une organisation possibles, mais les classifications politiques dépendent de la définition de l’État et des indices locaux. L’absence d’écriture ne prouve pas l’absence de politique.[2][11]
Nous ne connaissons pas non plus sûrement la langue des habitants. Une continuité démographique et culturelle peut relier le sud obéidien au monde où le sumérien sera écrit, sans que poterie et architecture déterminent la langue. Obeïd n’est pas un autre nom de Sumer ; notre ignorance ne prouve pas davantage qu’une forme plus ancienne du sumérien n’y fut jamais parlée.
Il convient d’étudier continuités et changements, en laissant ouverte l’identité linguistique là où les textes ne répondent pas.
Vers Uruk et l’écriture : une transition inégale
À la fin du Ve et durant le IVe millénaire av. n. è., certaines régions méridionales développèrent des traits associés à Uruk : établissements plus grands, spécialisation et organisation institutionnelle élargies, nouveaux moyens d’enregistrement et transformations architecturales. Des traditions antérieures y contribuèrent, sans transition instantanée ni trajectoire identique partout.[1][2][3]
À Uruk, à la fin du IVe millénaire, les comptes administratifs occupent une place centrale dans les plus anciens documents écrits connus. Mais les tablettes ne se limitent pas aux comptes de marchandises : elles comprennent aussi des listes de professions et de signes. L’écriture n’est ni la suite inévitable d’un sceau obéidien ni un outil à fonction unique.[14]
Les premières villes et l’écriture exigent des explications associant échelle, ressources, relations et techniques. Aucun facteur isolé — irrigation, temple ou commerce — n’explique cette histoire entière.
Le monde avant la ville
Obeïd offre une longue histoire précédant les noms écrits : villages gérant l’eau, maisons inégales, artisanats spécialisés, objets en circulation, bâtiments dépassant peut-être les foyers et lieux reconstruits à travers les générations.
Les fonctions collectives peuvent croiser le rite ; le rite peut nécessiter une organisation ; l’administration peut conférer un statut. Ce sont des possibilités et des chemins historiques multiples, pas une échelle obligatoire où chaque maison devient temple et chaque village État.
Obeïd fut bien plus qu’une note avant Sumer. Ce monde avait ses traditions, ses communautés et ses différences, même si nous ne pouvons lire avec certitude ses langues et ses noms divins. Dans certaines régions, nous pouvons néanmoins étudier des institutions dépassant le foyer, l’importance accumulée des lieux et les conditions qui favoriseront plus tard villes et écriture.
Avant que les tablettes ne permettent de lire Enki, Inanna ou Enlil, ces communautés avaient consacré de longs siècles à construire un monde social et matériel plus large qu’une maison. Voilà ce qu’offre l’archéologie : l’histoire des transformations avant les textes, en gardant une distance nette entre le bâtiment visible et le nom illisible.
Références et notes
- Robert A. Carter & Graham Philip (2010). Deconstructing the Ubaid. In Beyond the Ubaid, SAOC 63, pp. 1–22. Chicago: Oriental Institute. Pages 1–3 du chapitre vérifiées : désignation, phases 0–5 et cadre méridional vers 6500–3800 av. n. è. Livre non lu intégralement. Revenir au texte ↑
- Gil J. Stein (2010). Local Identities and Interaction Spheres: Modeling Regional Variation in the Ubaid Horizon. In Beyond the Ubaid, SAOC 63, pp. 23–44. Pages 23–28 : variations régionales, foyers et interactions. Les indices régionaux ne sont pas assemblés en société uniforme. Revenir au texte ↑
- Department of Ancient Near Eastern Art (2003). The Ubaid Period (5500–4000 B.C.). The Metropolitan Museum of Art. Court essai intégral ; dates du titre plus étroites que la séquence méridionale large. Irrigation, contacts, sceaux et continuité, pas identité linguistique. Revenir au texte ↑
- Lagash Archaeological Project, University of Pennsylvania. Historical Context: Ubaid Period. Section Obeïd uniquement : milieux et ressources des villages. Canaux et institutions historiques ultérieurs non attribués à Obeïd. Revenir au texte ↑
- Louise Rayne, Michelle de Gruchy, Jaafar Jotheri & Raheem Abdan (2026). Landscape Archaeology of the Eridu Region: Discovering the Irrigation Systems of Ancient Farms. Iraq, First View, 1–20. Online 21 September 2026. DOI: 10.1017/irq.2025.10037. Résumé et passages pertinents sur méthodes, résultats et discussion des canaux et échantillons. 4540–4443 av. n. è. date ER3, pas chaque canal. Publication en 2026 malgré le DOI. Revenir au texte ↑
- The Metropolitan Museum of Art. Bowl, Ubaid, mid-sixth–fifth millennium BCE. Eridu cemetery, grave 136. Accession 49.133.2. Catalogue et données Open Access : provenance, date et numéro ; image dans le domaine public. Aucune généralisation à partir d’une pièce. Revenir au texte ↑
- Lamya Khalidi et al. (2016). The growth of early social networks: New geochemical results of obsidian from the Ubaid to Chalcolithic Period in Syria, Iraq and the Gulf. Journal of Archaeological Science: Reports 9, 743–757. DOI: 10.1016/j.jasrep.2016.06.026. Résumé, points clés et introduction accessible, pas le texte intégral. Échantillons incluant d’autres périodes ; source d’obsidienne ne définit ni marchands ni gouvernement. Revenir au texte ↑
- Jason Ur (2014). Households and the Emergence of Cities in Ancient Mesopotamia. Cambridge Archaeological Journal 24(2), 249–268. DOI: 10.1017/S095977431400047X. Résumé du dépôt auteur et métadonnées ; modèle interprétatif foyer–institution, pas preuve que chaque temple fut une maison. Article non lu intégralement. Revenir au texte ↑
- Sabah Abboud Jasim (2021). Tell Abada: An Ubaid Village in Central Mesopotamia. Oriental Institute Publications 147. Chicago. Résumé et sommaire de l’éditeur, pas toute la monographie : village, ateliers et trois niveaux. Maison A d’après Stein et l’étude de 2025. Revenir au texte ↑
- Philippe Quenet et al. (2025). Archaeological Mission at Eridu: The 2022 Campaign of the University of Strasbourg at Abu Shahrayn. Preliminary Report Part 1: Off-Site Studies and Site 1, the E-Abzu Monumental Complex Reconsidered. Iraq 87, 263–312. DOI: 10.1017/irq.2025.10035. Résumé et passages sélectionnés sur paysage, sondage, terrasses et conclusion ; dix-huit niveaux. Ne fixe pas chaque niveau ancien comme maison ou temple, ni Enki à Obeïd. Revenir au texte ↑
- Max Price & Noa Corcoran-Tadd (2025). Livestock and the Transition to the Tributary Mode of Production. Cambridge Archaeological Journal. Online 4 September 2025. Résumé et section Obeïd sélectionnée, surtout le nord vers 5200–4500 av. n. è., maison A et Tell Feres. Cadre économique interprétatif, pas uniforme. Revenir au texte ↑
- The Metropolitan Museum of Art. Stamp seal and modern impression: horned animal and bird. Ubaid, sixth–fifth millennium BCE, Syria or Anatolia. Accession 1984.175.13. Catalogue et données Open Access. Attribution géographique alternative ; empreinte moderne ; image dans le domaine public. L’animal gravé ne démontre pas une croyance. Revenir au texte ↑
- David Stanley (2016). Ziggurat at Eridu. Photograph, 11 April 2016. Wikimedia Commons / Flickr. CC BY 2.0. Description, crédit et licence vérifiés ; contexte du site. Architecture visible postérieure à Obeïd, pas son premier temple. Revenir au texte ↑
- Ira Spar (2004). The Origins of Writing. The Metropolitan Museum of Art. Court essai intégral : comptes d’Uruk, listes professionnelles et origines complexes. Anciennes hypothèses sur d’autres sites non présentées comme faits établis. Revenir au texte ↑
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IL Archive, «La culture d’Obeïd : le monde avant les villes de Sumer», Édition 1, https://ilarchive.com/fr/studies/ubaid-before-sumer-cities