Étude

Les premiers noms divins en Mésopotamie : quand l’écriture conserve le nom

Une étude approfondie d’un sujet, accompagnée de preuves et de références.

Chronologie
De 3350 avant notre ère à 2500 avant notre ère
Région
Mésopotamie méridionale — Uruk, Fara et Abu Salabikh

Des tablettes d’Uruk aux listes de Fara : Nanna, Ninlil, Inanna, Enlil et An ; reconnaître un nom sans confondre première attestation et début du culte.

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Schéma moderne : logogramme, usage phonétique, déterminatif. Fonctions combinables, sans signes antiques ni étapes universelles fixes
Schéma moderne : logogramme, usage phonétique, déterminatif. Fonctions combinables, sans signes antiques ni étapes universelles fixesIL Archive · schéma explicatif original · CC BY 4.0 · CC BYSource de l’image

Texte

Quand le nom peut se conserver

Un tournant de l’histoire religieuse concerne notre capacité à retrouver le nom d’un dieu, plutôt que la naissance d’un dieu nouveau. Avant l’écriture, bâtiment, figure, sépulture ou trace rituelle donnent rarement le nom de l’être auquel ils étaient associés. Avec l’écriture à UrukUrukVille ancienne de Warka, dans le sud de l’Irak, devenue un grand centre urbain vers 3200 avant notre ère et ayant livré des tablettes anciennes d’écriture et de comptabilité.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, à la fin du IVe millénaire avant notre ère, l’argile conserve autre chose : mots et signes qui peuvent conduire aux noms divins.[1]

Pourtant, le plus ancien nom conservé n’est pas celui du premier dieu connu de l’humanité. Même en MésopotamieMésopotamieRégion historique associée au Tigre et à l’Euphrate, ayant abrité de nombreuses sociétés et civilisations.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, un classement définitif reste difficile : certains signes sont clairs, d’autres admettent plusieurs lectures. Il faut demander quand un nom devient reconnaissable, et avec quel degré de confiance.

Avant le nom écrit

Parole, rituel, lieu et image permettaient de reconnaître les êtres sacrés avant leur inscription sur des tablettes. Une communauté pouvait savoir qui représentait un emblème ou recevait une offrande, sans que l’archéologue retrouve ce savoir par la forme seule. Toute figurineFigurinePetites représentations en volume de personnes, animaux ou autres êtres. Taille et aspect ne suffisent pas à identifier jouet, portrait, objet rituel ou divinité ; fabrication, contexte et usage doivent être étudiés.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication n’est pas un dieu, tout édifice monumental un temple.

Une tradition orale ne disparaît pas nécessairement avec sa communauté : voisins ou descendants peuvent la transmettre. Mais cette transmission peut rester impossible à suivre indépendamment. L’écriture améliore les chances de conservation sans créer la croyance à partir de rien.

Quand commencent les tablettes ?

Le proto-cunéiformeProto-cunéiformePremière écriture mésopotamienne de la fin du IVe millénaire, associant nombres et signes, surtout comptable avec un usage phonétique limité.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication d’Uruk appartient à la fin du IVe millénaire. Les catalogues CDLI utilisent des plages approximatives : 3350–3200 pour Uruk IV et 3200–3000 pour Uruk III. Ce sont des limites de classement, pas une date précise d’invention ; les rapports entre phases graphiques et couches de découverte demandent aussi une étude.[1][2]

La tablette photographiée comptabilise une distribution d’orge et d’amidonnier. Le Metropolitan Museum la date vers 3100–2900 et propose Uruk comme provenance probable. Elle illustre le contexte administratif de l’écriture, sans être une attestation photographiée de NannaNanna / Su’en / SînDieu lunaire lié à Ur ; son nom ancien ne date pas tous ses mythes ultérieurs.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication ou de NinlilNinlilDéesse liée ensuite à Enlil et Nippur ; distinguer nom conventionnel du signe et contexte géographique.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication.[12]

La première écriture n’est pas un récit complet

Les tablettes enregistrent ressources, quantités, personnes et institutions sans représenter la langue comme les textes ultérieurs. Un scribe pouvait comprendre un compte que le lecteur moderne ne peut convertir en phrase sumérienne complète.

Mais le système n’était pas constitué d’images muettes sans aucune représentation sonore. Christopher Woods examine des emplois phonétiques précoces, malgré l’impossibilité d’exprimer bien des relations grammaticales. Enregistrer imparfaitement la parole diffère d’une absence de rapport avec elle.[1]

Un signe pour le mot, un signe pour le son

Un logogrammeLogogrammeSigne représentant un mot ou des mots liés ; lecture selon contexte, avec possibles usages phonétiques.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication peut représenter un mot ou des mots sémantiquement liés, tandis qu’un autre signe sert par sa valeur sonore. Le principe du rébusPrincipe du rébusEmployer le signe d’un mot pour son son dans un autre mot de prononciation semblable, au-delà de la seule représentation des choses.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication permet d’employer un signe figurant une chose pour un mot de prononciation proche. Un complément phonétique peut préciser la lecture recherchée.[1]

Ces fonctions peuvent coexister. Il ne faut pas en faire une succession universelle où toute société passerait du symbole religieux à l’image puis au son de la même manière. Le nom moderne d’un signe peut lui-même provenir d’une lecture établie dans des textes plus récents.

Schéma moderne : logogramme, usage phonétique, déterminatif. Fonctions combinables, sans signes antiques ni étapes universelles fixes
Schéma moderne : logogramme, usage phonétique, déterminatif. Fonctions combinables, sans signes antiques ni étapes universelles fixesIL Archive · schéma explicatif original · CC BY 4.0 · CC BYSource de l’image

Pourquoi reconnaître un nom divin est-il difficile ?

Trouver un signe sur l’argile constitue une première étape. Son contexte importe ensuite : personne, institution, ville, ressource ou être divin ? Dans un compte, l’emblème d’une déesse peut désigner sa maison ou les travailleurs de son institution, plutôt que la déesse comme personnage d’un récit.

Les chercheurs comparent donc formes, structures des noms, textes parallèles et phases ultérieures. Ces comparaisons élargissent les possibilités de lecture sans supprimer la différence entre marques présentes et reconstruction savante.[1][7]

AN : plusieurs fonctions

AN fournit un exemple connu. Dans la tradition sumérienne, il est associé à « ciel », « dieu » et au nom AnAn / AnuDieu céleste sumérien/akkadien ; AN polyvalent ne suffit pas à l’identifier dans les premiers textes.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, et peut fonctionner comme classificateur divinDéterminatif divinSigne généralement non prononcé classant un nom comme divin ; usage variable selon langue, période et nom.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. Sa présence dans un texte ancien ne suffit donc pas à identifier le dieu personnelDieu personnelConcept analytique du lien d’une divinité avec un individu ou une famille ; il peut recouper le culte urbain et n’identifie pas le dieu par le seul nom.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication An.[3]

La différence tient à la fonction et au contexte autant qu’à la forme. Le schéma présente des fonctions connues dans les traditions graphiques sumériennes ; il ne suppose pas qu’elles étaient toutes aussi explicites ou stables dans les premières tablettes d’Uruk.

Fonctions connues d’AN : ciel, divinité/classificateur, An. Schéma moderne sans identifier chaque AN ancien au dieu, ni le représenter
Fonctions connues d’AN : ciel, divinité/classificateur, An. Schéma moderne sans identifier chaque AN ancien au dieu, ni le représenterIL Archive · schéma explicatif original · CC BY 4.0 · CC BYSource de l’image

Qu’est-ce qu’un déterminatif divin ?

Le déterminatif divinDéterminatif divinSigne généralement non prononcé classant un nom comme divin ; usage variable selon langue, période et nom.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication classe un nom comme divin et ne fait généralement pas partie de sa prononciation. Les éditeurs le représentent par un d en exposant, ou {d} dans certaines translittérations numériques. La lettre latine relève d’une convention moderne, pas du tracé antique.[1]

L’usage connaît des exceptions. ORACC précise que le nom sumérien An n’a normalement pas le déterminatif, contrairement à des graphies akkadiennes d’Anu. Son absence ne suffit pas à exclure un nom divin, et les conventions ultérieures ne doivent pas être projetées sur chaque occurrence ancienne.[3]

An : ancienneté du signe, clarté du personnage

An paraît un candidat évident au plus ancien nom, puisque AN est très ancien. Mais l’âge du signe ne fixe pas toutes ses fonctions. Les témoignages d’An comme dieu personnel deviennent plus clairs au IIIe millénaire : listes de Fara et dédicace attribuée à Mesanepada s’adressant à An comme à son seigneurRabbTitre de seigneurie, propriété ou sollicitude selon le contexte ; appliqué à Dieu.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication.[3]

Cela concerne la clarté des témoignages conservés, pas une invention d’An à cette époque. Son culte peut être plus ancien que ne le démontre une graphie ambiguë. La lecture d’un signe ne comble pas seule cette lacune.

Nanna aux débuts de la documentation

NannaNanna / Su’en / SînDieu lunaire lié à Ur ; son nom ancien ne date pas tous ses mythes ultérieurs.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, dieu lunaire associé à Ur, figure parmi les exemples les plus solides cités par ORACC aux débuts de la documentation, notamment dans les noms personnels d’Uruk récent. Su’en et Sîn désignent aussi ce dieu dans les traditions mésopotamiennes, sans que chaque forme tardive soit attribuable aux premières tablettes.[4]

L’élément divin d’un nom humain importe : la langue religieuse entre dans les relations d’une personne ou d’une famille avec une divinité. Ce nom théophoreNom théophoreNom personnel contenant le nom d’une divinité ou un élément divin.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication peut conserver une information religieuse sans constituer un texte mythologique.

Un petit exemple phonétique

Woods présente URI3+NA, en rapport avec le nom de Nanna, comme exemple d’une lecture ancienne éclairée par un complément phonétique. Il ne s’agit pas seulement de dessiner une lune puis de deviner son dieu : la combinaison des signes peut aider à retrouver une forme prononcée.[1]

Cela ne prouve ni que tout le système transcrivait une langue complète, ni que chaque nom ancien soit aussi assuré. L’exemple évite la généralisation inverse : la première écriture n’était pas entièrement dépourvue d’usage phonétique.

Le nom précède la biographie

Le nom de Nanna peut attester une tradition sans qu’un texte contemporain conserve sa naissance, son mariage ou ses rapports avec les autres dieux. Le nom demeure ; le dialogue ou le mythe, pas nécessairement.

Des textes ultérieurs rendent le personnage plus visible. Ils peuvent conserver des traditions anciennes, introduire de nouvelles formulations, ou réunir les deux. L’ancienneté d’un dieu ne rend pas automatiquement toute histoire tardive contemporaine de la première attestation de son nom.

Ninlil dans les témoignages anciens

ORACC situe des attestations de NinlilNinlilDéesse liée ensuite à Enlil et Nippur ; distinguer nom conventionnel du signe et contexte géographique.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication à Uruk IV et III, avec référence à la discussion d’Englund. Son identité familière de parèdre d’EnlilEnlilDieu mésopotamien majeur associé à Nippur et Ekur, de rang élevé dans les textes dynastiques archaïques avant la première attestation connue des Anunna.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication et ses liens avec NippurNippur / NuffarVille mésopotamienne, centre du culte d’Enlil lié à la légitimité de rois extérieurs.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication sont plus explicites dans des traditions ultérieures.[5][7]

Il faut limiter l’inférence. Trouver une graphie classée sous Ninlil ne permet pas de reporter à Uruk récent tous les détails connus de son mariage, de ses enfants et de ses ritesRitePratique organisée ou distinguée, porteuse de sens pour une communauté ; ses traces ne révèlent pas à elles seules une doctrine associée.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication.

Le nom d’un signe ne tranche pas tous ses emplois

La liste PCSL attribue à un signe le nom conventionnel NINLIL ; les occurrences publiées qu’elle recense appartiennent à Uruk III. L’exemple DCCLT P000643 est une liste de villes : la graphie apparaît dans un contexte géographique.[6]

L’étiquette du catalogue ne transforme donc pas toutes les occurrences en quatre références directes à la déesse. Englund discute la lecture conventionnelle « Ninlil » parmi les problèmes d’identification des graphies anciennes. Il convient de conserver une possible relation divine tout en précisant le type de texte et les limites de lecture.[7]

Inanna : un emblème visible

InannaInanna / IshtarDéesse mésopotamienne majeure ayant un centre important à Uruk, de filiations et traditions cultuelles variées plutôt qu’une généalogie unique.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication offre un autre type de preuve : le rapport entre emblème figuré et signe écrit. Visible Language publie une véritable pièce en argile, VAT14540, provenant du quartier d’EannaEanna à UrukQuartier archéologique et centre institutionnel d’Uruk associé à Inanna ; son nom ne fixe pas la fonction de chaque édifice ancien.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication à Uruk, datée d’Uruk IV, vers 3200. Elle prend la forme d’un poteau terminé par une boucle ; le catalogue la relie à l’emblème d’Inanna et à l’écriture de son nom.[1]

L’interprétation par des faisceaux de roseaux ou des éléments d’entrée est plausible et influente, mais reste une question de recherche. Van Dijk-Coombes examine les origines architecturales des emblèmes, sans traiter la dérivation visuelle comme évidente.[8]

Que montre le vase de Warka ?

Dans le registre supérieur du vase, deux emblèmes à boucle se trouvent près d’une figure féminine. Les comparaisons soutiennent un lien avec le domaine d’Inanna. La femme représente-t-elle la déesse ou une prêtresse associée ? L’identification demeure discutée.[8]

L’image ne porte pas d’inscription « voici Inanna ». Un emblème peut identifier un contexte religieux sans devenir une carte d’identité pour chaque personne proche. La photo montre le véritable vase au musée d’IrakIrakL’Irak est un État moderne englobant une grande partie de la Mésopotamie ancienneGlossaire · Cliquez pour lire l’explication ; certaines parties sont restaurées.

Vase de Warka, musée d’Irak, IM19606, fin du IVe millénaire. Emblèmes à boucle liés à Inanna ; déesse/prêtresse indécise. Parties restaurées. Photo 2019
Vase de Warka, musée d’Irak, IM19606, fin du IVe millénaire. Emblèmes à boucle liés à Inanna ; déesse/prêtresse indécise. Parties restaurées. Photo 2019© Osama Shukir Muhammed Amin FRCP(Glasg) / Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0 · CC BY-SALicence · Source de l’image

De l’emblème à MUŠ3

Le signe conventionnellement nommé MUŠ3 est associé à l’écriture du nom d’Inanna. Sa comparaison avec les emblèmes rapproche preuves visuelles et écrites, mais chaque occurrence doit être examinée dans son contexte.[1][8]

Dans un compte administratif, la graphie peut désigner une institution liée à la déesse ; ailleurs, elle entre dans son nom. Chaque répétition ne prouve ni apparition de la déesse ni mythe particulier. Sens institutionnel et religieux peuvent se recouvrir.

Enlil et Nippur : entre lieu et divinité

Enlil soulève une autre difficulté. ORACC expose une proposition selon laquelle certaines graphies anciennes, utilisées ensuite pour son nom, désignaient d’abord Nippur. Dans ce modèle, l’écriture passe du lieu à la divinité entre Uruk et les Dynasties archaïques.[9]

Si ce modèle est juste, il révèle un recouvrement entre identité de la ville et de son dieu dans l’histoire graphique. Il ne prouve pas que le culte d’Enlil ait commencé avec le changement de fonction des signes : les pratiques d’enregistrement peuvent évoluer indépendamment de l’âge de la tradition.

Une hypothèse, pas une date assurée

ORACC rapporte la plage approximative proposée par Wang, 3200–2800, pour ce transfert, et souligne le caractère très discuté de la question. Englund avertit aussi contre une confiance excessive dans certaines restitutions graphiques et lectures d’Uruk IV.[7][9]

On ne peut donc donner l’année de l’« apparition » d’Enlil, ni conclure d’une graphie ambiguë qu’il est plus jeune que Nanna ou Ninlil. Le débat porte sur la lecture et le classement du témoignage ; l’âge des dieux constitue une autre question.

Les premiers noms ne forment pas un panthéon complet

Les tablettes initiales ne livrent pas une version complète du monde ultérieur : An au ciel, Enlil à la tête du pouvoir, EnkiEnkiDivinité mésopotamienne liée aux eaux douces profondes, à la sagesse et à Eridu, appelée Ea dans la tradition akkadienne. La première mention écrite conservée ne date pas l’origine du culte et n’identifie pas le dieu de l’Eridu obéidienne.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication dans les eaux douces et une famille de conjoints, enfants et messagers. Englund souligne que le panthéonPanthéonEnsemble des divinités d’une tradition religieuse, avec leurs fonctions et leurs relations.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication explicite des sources des Dynasties archaïques n’apparaît pas sous cette forme dans le corpus proto-cunéiforme.[7]

Il décrit les documents conservés, sans nier des traditions plus vastes au-delà d’eux. Les dieux pouvaient être connus oralement, tandis que comptes et listes ne détaillaient guère leurs rapports et histoires.

Quand le scribe rassemble les noms divins

Les Dynasties archaïques IIIa, vers 2600–2500, ouvrent une nouvelle fenêtre : les listes divinesListes de dieuxTextes recueillant les noms divins pour les préserver, les enseigner et les classer, avec des degrés variables d’organisation théologique.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication de Fara et d’Abu Salabikh. Fara SF1, accessible dans CDLI, commence par An, Enlil, Inanna, Enki, Nanna et Utu. Le catalogue situe la tradition de la liste d’Abu Salabikh à peu près dans la même période.[10][11]

Le nom appartient ici à une liste consacrée aux noms divins, ce qui rend sa fonction plus claire que bien des occurrences archaïques. Mais une liste n’est ni récit de création ni généalogie complète. Rassembler des noms et enseigner leur écriture n’explique pas toutes les relations entre dieux.

Trois horloges, pas une

Il faut séparer trois dates : début d’une croyance, plus ancien enregistrement conservé, plus ancien témoignage interprétable avec confiance. La première peut précéder la deuxième ; un signe ambigu peut précéder de plusieurs siècles un texte clair.

Le nom peut arriver avant le mythe, ou l’emblème avant le nom lisible. Ces différences ne donnent pas des intervalles fixes. L’attestation identifiée fournit un âge minimal pour la tradition, sans mesurer sa durée antérieure.

Comparaison moderne de Nanna, Ninlil et An, sans portraits ni ordre de naissance. Lisibilité selon signe et contexte
Comparaison moderne de Nanna, Ninlil et An, sans portraits ni ordre de naissance. Lisibilité selon signe et contexteIL Archive · schéma explicatif original · CC BY 4.0 · CC BYSource de l’image

Que savons-nous avec une confiance variable ?

L’écriture ancienne conserve des références religieuses ; certains noms sont reconnaissables près des débuts documentaires, notamment Nanna. L’emblème d’Inanna et la graphie associée apportent des preuves anciennes solides. Pour les attestations conventionnelles de Ninlil, il faut distinguer contexte géographique et désignation directe de la déesse.[1][4][5][6]

Les premières graphies d’Enlil restent discutées ; AN impose de séparer ciel, divinité et dieu personnel. Ces documents donnent une carte de lectures inégalement claires, sans « acte de naissance » du premier dieu.[3][7][9]

Quand l’argile conserve le nom

Les tablettes inaugurent pour nous une autre forme de survie du religieux. La terre conserve des signes : certains sont lus comme des noms, d’autres comme emblèmes, institutions ou lieux. Des textes plus récents montrent les personnages divins parler, discuter et agir.

« Quel est le plus ancien nom divin ? » exige donc toujours des précisions : dans quelle région, quel corpus, et selon quel critère de lecture ? Le premier nom reconnaissable n’est pas nécessairement celui du premier dieu connu. C’est un nom que l’écriture, la conservation et le travail de lecture ont réussi à nous transmettre.

Références et notes

  1. Christopher Woods (2010), The Earliest Mesopotamian Writing; Joachim Marzahn, catalogue no. 39 (translated by Robert Wagner). In C. Woods, E. Teeter & G. Emberling, Visible Language. OIMP 32. Passages sélectionnés sur datation et langue ; p. 43 : URI3+NA et Nanna ; p. 70, no 39, VAT14540 : emblème en argile, page inspectée visuellement. Livre non intégralement lu ; photo non reproduite. Origine confrontée à la l’étude de van Dijk-Coombes. Revenir au texte ↑
  2. Cuneiform Digital Library Initiative. W09123d / VAT15253, P000003. Notice d’une tablette lexicale : Uruk IV, vers 3350–3200 ; langue indéterminée. Datation de catalogue, pas nom divin particulier. Plage d’Uruk III confrontée à Woods. Revenir au texte ↑
  3. Kathryn Stevens. An/Anu (god). Ancient Mesopotamian Gods and Goddesses, ORACC. Sections indexées du site original : fonctions d’AN, An sumérien sans déterminatif, Fara et Mesanepada. Accès direct indisponible ; publication de Frayne non lue. Revenir au texte ↑
  4. ORACC. Nanna/Suen/Sin (god). Ancient Mesopotamian Gods and Goddesses. Sections indexées : Ur, débuts documentaires, noms d’Uruk récent et formes du nom. Toutes les graphies ne sont pas reportées aux origines. Preuve phonétique confrontée à Woods, p. 43. Revenir au texte ↑
  5. Nicole Brisch. Ninlil (goddess). Ancient Mesopotamian Gods and Goddesses, ORACC. Mention indexée d’Uruk IV/III citant Englund, avec liens ultérieurs à Enlil/Nippur. Ne transforme pas chaque occurrence archaïque en nom divin direct ; comparaison avec la liste de signes et Englund. Revenir au texte ↑
  6. ORACC PCSL. NINLIL, sign o0901578; DCCLT, P000643, Archaic Cities (W23998,1). Table indexée : quatre occurrences publiées d’Uruk III, pas quatre références assurées à la déesse. Liste de villes P000643, recto II 4 : E2a NINLIL. Passages indexés lus ; accès direct indisponible. Revenir au texte ↑
  7. Robert K. Englund (2011). Notes on KIDa. Cuneiform Digital Library Notes 2011:6. Discussion de « Ninlil » conventionnel, villes et dieux, formes spéculatives d’Uruk IV, absence du panthéon archaïque explicite sous cette forme dans le corpus initial. Argument discuté, pas classement des naissances divines. Revenir au texte ↑
  8. Renate Marian van Dijk-Coombes (2018). The Architectural Origin of Mesopotamian Standards in Late Uruk/Jemdet Nasr Period Iconography. Antiguo Oriente 16, 117–146. P. 117–126 sélectionnées : emblèmes, MUŠ3, architecture ; p. 123–124, notes 19–20 : vase, déesse/prêtresse et coiffe cassée. Figure 1 inspectée précédemment ; passage d’identification relu ici. Article non intégralement lu. Revenir au texte ↑
  9. Adam Stone. Enlil/Ellil (god). Ancient Mesopotamian Gods and Goddesses, ORACC. Passage indexé rapportant Wang 2011, p. 245 : transfert du lieu au dieu vers 3200–2800, très discuté. Livre de Wang non lu ; pas une date du début du culte. Revenir au texte ↑
  10. Cuneiform Digital Library Initiative. SF 001, VAT12760+, Fara god list, P010566. Shuruppak/Fara, non Uruk ; Dynasties archaïques IIIa, vers 2600–2500. Recto I, lignes 1–6 : An, Enlil, Inanna, Enki, Nanna, Utu. Pas d’analyse théologique intégrale de la liste. Revenir au texte ↑
  11. Cuneiform Digital Library Initiative. Abu Salabikh God List composite, P499260 / Q000036. Notice d’une liste lexicale composite, Dynasties archaïques IIIa vers 2600–2500. Pas une tablette complète unique ; témoins non tous lus ; aucun nombre fixe de dieux déduit. Revenir au texte ↑
  12. The Metropolitan Museum of Art. Administrative account concerning distribution of barley and emmer, 1988.433.2. Tablette vers 3100–2900, probablement Uruk ; compte de grains. Image contextuelle, pas attestation d’un nom divin étudié. Domaine public/Open Access vérifié ; original conservé. Revenir au texte ↑

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IL Archive, «Les premiers noms divins en Mésopotamie : quand l’écriture conserve le nom», Édition 1, https://ilarchive.com/fr/studies/earliest-divine-names-mesopotamia