Étude
Alliance et traités impériaux : la relation entre YHWH et Israël fut-elle formulée dans la langue des anciens rois ?
Une étude approfondie d’un sujet, accompagnée de preuves et de références.
- Chronologie
- De 1400 avant notre ère à 500 avant notre ère
- Région
- Le Levant, l’Anatolie et la Mésopotamie
Du traité hittite de Muršili au serment d’Assarhaddon et aux chapitres 13 et 28 du Deutéronome : fidélité et malédictions, entre tradition commune et emprunt démontrable.
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Texte
# Alliance et traités impériaux : la relation entre YHWHYahwehNom propre divin écrit YHWH dans la Bible hébraïque.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication et Israël fut-elle formulée dans la langue des anciens rois ?
« Tu aimeras YHWH ton Dieu de tout ton cœur », tu enseigneras ses paroles à tes enfants et te méfieras même d'un proche qui t'incite à suivre d'autres dieux ; viennent ensuite bénédictions pour l'obéissance et malédictions pour la désobéissance. Le lecteur des traités du Proche-Orient ancienProche-Orient ancienCadre historique et géographique comprenant la Mésopotamie, le Levant et des sociétés anciennes voisines.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication rencontre un langage voisin : fidélité au souverain et à son héritier, transmission de cet engagement aux enfants, dénonciation de l'instigateur même dans la famille, promesses de protection et de châtiment. Les rédacteurs de la TorahTorah / PentateuqueGenèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome : corpus mosaïque à l’histoire rédactionnelle. Torah peut aussi désigner un enseignement ou une loi plus larges.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication l'ont-ils emprunté à un traité précis ? [3][5][6][8][11]
La réponse ne se réduit ni à « oui, ils l'ont copié » ni à « non, simple coïncidence ». Des formes et un vocabulaire communs sont démontrables ; on peut aussi examiner des parallèles plus précis entre certains passages du Deutéronome et un serment assyrien daté. Mais prouver qu'un scribe judéen a lu une tablette particulière, ou que tout le Deutéronome a été écrit en une seule année, demande d'autres preuves. La comparaison distingue forme du document, expressions particulières, voies de circulation et réemploi dans un livre religieux aux couches multiples.
Traité et alliance
Dans un traité ancien de suzeraineté, un dirigeant subordonné jurait fidélité à un grand roi. Le document pouvait nommer les parties et rappeler leurs relations, puis présenter obligations, témoins divins, malédictions en cas de rupture et bénédictions pour la fidélité. Il s'agit d'une famille de textes, non d'un plan obligatoire repris dans le même ordre sur toutes les tablettes. Dans la Torah, l'« alliance », *berit* en hébreuHébreuLangue sémitique du Nord-Ouest appartenant au groupe cananéen, avec des formes anciennes et modernes.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, désigne aussi diverses relations et obligations ; chaque emploi du mot n'est pas la copie d'un contrat diplomatique conservé. [1][2][10]
Dans le Deutéronome, MoïseMoïseFigure centrale de l’Exode, des traditions de la Torah et du Coran ; les récits d’enfance diffèrent.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication parle à Israël au nom de YHWH. Le discours rappelle la sortie d'Égypte et le désert, réclame le culte exclusif de YHWH et annonce les conséquences de la fidélité ou de la trahison. Comparer les traités aide donc à comprendre comment un langage régional de loyauté politique devient discours sur la relation d'un peuple avec son dieu. Cela ne réduit pas tous les commandements à une transaction royale. [5][6][7][8][9]
Un exemple plus ancien : le traité de Muršili avec l'Amurru
Le roi hittite Muršili II conclut un traité avec Tuppi-Teššup, souverain de l'Amurru, à la fin de l'âge du Bronze. L'édition des textes hittitesHittitesPeuple et royaume antiques d’Anatolie, dominant une grande partie de l’Anatolie et de la Syrie du Nord vers 1650–1200 avant notre ère.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication de Mayence le conserve à travers des copies hittites et un témoin akkadienAkkadienLangue sémitique orientale ancienne, écrite en cunéiforme en Mésopotamie.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication fragmentaire. Le texte commence par identifier le grand roi, rappelle les rapports de l'Amurru avec le trône hittite et détaille des devoirs : tribut, interdiction de transférer son allégeance à l'Égypte, soutien aux amis du roi et opposition à ses ennemis, signalement des rebelles et des fugitifs. Des témoins divins et naturels, des malédictions et des bénédictions terminent le traité. Ce sont des éléments lisibles d'un ancien document diplomatique, non une simple théorie moderne du « modèle du traité » ; les éditeurs signalent les lacunes et restitutions. [1][2]
Cet agencement ressemble, à grande échelle, à certains traits du Deutéronome : rappel d'une relation antérieure, obéissance exigée et conséquences de la fidélité ou de la rupture. Pourtant, le traité de l'Amurru concerne deux souverains, un tribut et des frontières politiques précises ; le Deutéronome place l'Exode, le culte et la justice communautaire au cœur de l'engagement. Des siècles et des milieux d'écriture différents les séparent. La ressemblance du plan ne prouve pas la copie de ce traité hittite précis. On ne doit pas non plus traiter les témoins conservés comme une tablette originale intacte signée par les parties. [1][2][5][8]
672 avant notre ère : le serment de succession d'Assarhaddon
Une comparaison plus tardive, et plus précise, est possible. En 672 avant notre ère, Assarhaddon imposa à ses sujets un serment garantissant la succession de son fils AssurbanipalAssurbanipalAssurbanipal était un roi assyrien du VIIe siècle avGlossaire · Cliquez pour lire l’explication au trône assyrien. Les chercheurs parlent de « traité de succession d'Assarhaddon », bien qu'il s'agisse plus exactement d'un serment de succession et de fidélité que d'un accord entre égaux. Le texte ordonne de protéger l'héritier, de signaler les paroles menaçant sa succession même si elles viennent d'un parent ou d'une figure prophétique, et de transmettre l'obligation aux enfants. De nombreux dieux sont appelés à témoigner, puis survient une longue série de malédictions. [3][10][11]
Une copie a été trouvée à Tell Tayinat, l'ancienne Kunalia, dans la sphère administrative assyrienne du nord de la Syrie. La découverte montre que ce type de serment avait atteint les provinces occidentales de l'empire. Elle ne démontre pas la découverte d'une copie à JérusalemJérusalemJérusalem est une ville importante pour le judaïsme, le christianisme et l’islamGlossaire · Cliquez pour lire l’explication, ni qu'un rédacteur deutéronomique a tenu cette copie ou lu son akkadien. Elle rend plausible une voie historique de contact sans en documenter chaque maillon. [4][10]
Un proche incite, un prophète parle
Deutéronome 13 examine ceux qui invitent à adorer d'autres dieux : un prophète ou un rêveur, puis un frère, un enfant, une épouse ou un ami intime, puis toute une ville. La parenté ne permet ni de taire l'incitation ni de protéger son auteur. Des dispositions du serment d'Assarhaddon demandent aussi de dénoncer toute parole ou action contre la succession d'Assurbanipal, même venue de la maison ou d'une personne revendiquant une autorité religieuse. La combinaison de la famille, de la figure religieuse et de la dénonciation est plus précise que la remarque générale selon laquelle les deux lois punissent la trahison. [3][6][10]
Mais les listes ne se correspondent pas mot pour mot et leurs procédures ne sont pas disposées dans le même ordre. Le serment assyrien protège un héritier humain et sa dynastie ; Deutéronome 13 vise le culte d'autres dieux dans le lien entre Israël et YHWH. Le chapitre comporte également le cas d'une ville entière et l'enquête à son sujet. Certains chercheurs y voient une réutilisation inventive du langage de fidélité impériale. C. L. Crouch examine les différences de formulation et de séquence et met en garde contre l'idée qu'elles prouveraient une copie directe du serment conservé. [3][6][10][12]
Un ciel de bronze et une terre de fer
Deutéronome 28 commence par des bénédictions, puis étend les malédictions au corps, aux champs, à la guerre, au siège et à l'exil. En 28,23–26, le ciel devient bronze et la terre fer ; la pluie se change en poussière et les cadavres sont livrés aux oiseaux et aux bêtes. Une terre de fer, un ciel de bronze et un pays dévasté apparaissent aussi parmi les malédictions du serment d'Assarhaddon. C'est l'un des rapprochements textuels les plus substantiels. [3][8][10][12]
La force de l'image n'efface pourtant pas les écarts. Dans le texte assyrien conservé, la terre de fer et le ciel de bronze se trouvent dans deux clauses distinctes ; le Deutéronome les joint dans une phrase. D'autres détails relatifs au sol et à la pluie changent. La famine, la défaite et les corps abandonnés appartiennent en outre aux traditions de malédiction de plusieurs cultures. Certains chercheurs jugent probable une influence assyrienne, directe ou transmise par intermédiaire, sur ces lignes. Crouch soutient que les variations de vocabulaire et d'ordre empêchent d'identifier avec certitude ce document seul comme source directe. « Parenté peut-être forte au sein d'une tradition de malédictions en circulation » est plus exact que « identité littérale ». [8][10][12]
« Aimer » le roi et « aimer » YHWH
Dans le langage des traités de fidélité, « aimer » n'est pas une émotion séparée des actes. Le serment assyrien réclame une loyauté de tout cœur envers Assurbanipal et lie la fidélité à l'instruction de la génération suivante. Deutéronome 6,4–9 fait de l'amour de YHWH de tout le cœur, l'âme et la force le fondement des commandements répétés aux enfants. La langue de la cour éclaire ainsi la façon dont « aimer » peut aussi signifier fidélité pratique dans un cadre politique et religieux. [3][5][11]
Réduire cependant l'amour deutéronomique à l'obéissance envers un prince héritier ferait perdre une grande partie du discours. Celui-ci inscrit l'alliance dans la sortie d'Égypte et dans l'amour antérieur de YHWH ; il concerne la vie d'un peuple sur sa terre. Le serment assyrien assure la succession d'un fils de roi ; le Deutéronome raconte le lien entre un dieu et un peuple, même lorsqu'il emploie l'idiome de l'allégeance. Deena Grant expose à la fois le rapprochement et ce supplément de sens. [5][9][11]
Les textes ne nous sont pas parvenus en un seul moment
Si le serment de 672 avant notre ère a influencé un passage précis du Deutéronome, ce passage, ou une étape de sa rédaction, est postérieur à la possibilité d'y accéder. Cela ne date pas automatiquement chaque mot du livre de 672 ou de la cour de Josias. Le Deutéronome réunit des discours, des lois et des travaux de rédaction étalés dans le temps. Les chercheurs divergent sur la date de ses couches relatives à la fidélité et aux malédictions ainsi que sur la circulation de leurs formules. Certains proposent le rôle d'anciens scribes de la cour de Juda après la monarchie ; d'autres étudient les traités araméens occidentaux, notamment ceux de Sfiré, parallèlement aux textes akkadiens. Pour Pakkala et Ramos, la présente recherche a consulté leurs résumés publiés, non leurs études intégrales ; les détails de leurs hypothèses ne sont donc pas présentés comme des événements établis. [10][12][13][14]
La place des témoins varie également. Les traités hittites et assyriens invoquent de nombreux dieux, tandis que Deutéronome 30,19 appelle le ciel et la terre à témoigner du choix entre vie et mort dans le culte de YHWH. En Deutéronome 27, les paroles de la loi sont inscrites sur des pierres et les malédictions proclamées au cours d'un riteRitePratique organisée ou distinguée, porteuse de sens pour une communauté ; ses traces ne révèlent pas à elles seules une doctrine associée.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication collectif. Reprendre une technique familière n'annule pas la transformation religieuse opérée dans son nouveau cadre. [1][3][7][9]
Que pouvons-nous établir ?
Des documents anciens attestent la circulation de traités de suzeraineté et de serments de fidélité proche-orientaux avant le Deutéronome et à l'époque de certaines étapes proposées de sa formation. Des textes bibliques partagent avec eux un agencement de fidélité, d'exigences et de conséquences, ainsi que quelques images particulières dignes d'un examen serré. La copie de Tell Tayinat rend historiquement concret l'arrivée du langage assyrien de loyauté dans le LevantLe LevantLe Levant désigne régionalement les terres de la Méditerranée orientaleGlossaire · Cliquez pour lire l’explication occidental. [1][3][4][6][8]
Dire que le Deutéronome traduit un traité hittite, qu'il est la copie religieuse littérale de la tablette d'Assarhaddon ou qu'un parallèle date toute la Torah dépasse les preuves. La question porte sur le degré et la voie de la relation : emploi direct dans certains passages, médiationIntercessionMédiation soumise dans les textes cités à permission et agrément, sans indépendance divine.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication par les scribes et les traditions araméennes, ou répertoire régional commun de serments et de malédictions. Les chercheurs pèsent ces possibilités différemment ; le plan général du traité ne suffit pas à les départager. [10][12][13][14]
La comparaison apporte davantage qu'une accusation de copie ou qu'un refus de tout contact. Les rédacteurs deutéronomiques ont formulé la fidélité à YHWH dans une langue intelligible au monde des rois et des alliances, tout en changeant l'objet de cette fidélité, sa mémoire et ses limites. Un serment impérial demande au sujet : « Préserveras-tu le trône de l'héritier ? » Le Deutéronome demande à Israël comment vivre une alliance qui lie culte, mémoire et loi à son avenir. La ressemblance historique éclaire cette seconde question sans répondre à la place du texte.
Références et notes
- Traité Muršili II–Tuppi-Teššup, CTH 62 §§1–26 ; traduction allemande numérique, avec lacunes et restitutions Mainz Catalog of Hittite Texts, CTH 62 Muršili II treaty with Duppi-Teššup of Amurru Revenir au texte ↑
- Introduction de l’édition CTH 62 et liste des témoins hittites et akkadiens ; lues entièrement Fuscagni and Wilhelm, Mainz CTH 62 scholarly introduction and manuscript synopsis Revenir au texte ↑
- Serment de succession d’Assarhaddon, SAA 2 no 6, passages indexés vérifiés dans les études ; édition numérique intégrale inaccessible SAA 2 no. 6, Esarhaddon's Succession Treaty, primary edition and translation on ORACC Revenir au texte ↑
- Jacob Lauinger, copie de Tell Tayinat ; notice bibliographique et découverte seules, non l’article entier Jacob Lauinger, Esarhaddon's Succession Treaty at Tell Tayinat, JCS 64 (2012), bibliographic record Revenir au texte ↑
- Deutéronome 6, hébreu et JPS ; chapitre entier Deuteronomy 6, Hebrew/JPS text Revenir au texte ↑
- Deutéronome 13, hébreu et JPS ; chapitre entier Deuteronomy 13, Hebrew/JPS text Revenir au texte ↑
- Deutéronome 27, hébreu et JPS ; passages choisis sur l’inscription et les malédictions Deuteronomy 27, Hebrew/JPS text Revenir au texte ↑
- Deutéronome 28, hébreu et JPS ; chapitre entier, surtout v. 23–26 Deuteronomy 28, Hebrew text with JPS 1917 English translation Revenir au texte ↑
- Deutéronome 30, hébreu et JPS ; v. 1–8 et 15–20 Deuteronomy 30, Hebrew/JPS text Revenir au texte ↑
- C. L. Crouch, Israel and the Assyrians, pages choisies 49–89, 106–107, 178–180, non le livre entier C. L. Crouch, Israel and the Assyrians (2014), especially chs. 2–3 and conclusion Revenir au texte ↑
- Deena Grant, article entier sur la langue de l’amour du dieu et du roi Deena Grant, Loving God Beyond the Way You Love Ashurbanipal (2016) Revenir au texte ↑
- Gad Barnea, article entier sur les bénédictions, malédictions et traditions régionales Gad Barnea, Enforcing YHWH's Covenant with Blessings and Curses: Imperial Style, online scholarly essay Revenir au texte ↑
- Juha Pakkala, résumé et notice universitaires seuls, non l’étude entière Juha Pakkala, The Influence of Treaties on Deuteronomy, Hebrew Bible and Ancient Israel 8.2 (2019), 159–183 Revenir au texte ↑
- Melissa Ramos, seul résumé universitaire sur Sfiré et Deutéronome 28 Melissa Ramos, A Northwest Semitic Curse Formula: The Sefire Treaty and Deuteronomy 28 (2016) Revenir au texte ↑
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IL Archive, «Alliance et traités impériaux : la relation entre YHWH et Israël fut-elle formulée dans la langue des anciens rois ?», Édition 1, https://ilarchive.com/fr/studies/covenant-and-imperial-treaties