Étude
Les compagnons de la Caverne et les Dormants d’Éphèse : récits apparentés
Une étude approfondie d’un sujet, accompagnée de preuves et de références.
Témoins syriaques et latins avec le Coran : nombres, monnaie, chien, al-raqim et durée, en distinguant parenté narrative et source directe démontrée.
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Texte
Introduction
Qu’est-ce qui rapproche les compagnons de la Caverne du CoranCoranTexte central de l’islam, employé ici comme témoin de son discours religieux.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication des Dormants des récits chrétiens associés à ÉphèseÉphèseCité antique de l’ouest de la Turquie, importante aux époques romaine et chrétienne ancienne.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, et qu’est-ce qui les distingue ? Cette étude compare des passages précis sur le refuge dans une grotte, le long sommeil et l’achat de nourriture. Elle examine comment suivre historiquement la parenté des récits sans supposer qu’une version conservée a directement servi de source à une autre. [1] [2] [5]
L’histoire situe ses événements sous des empereurs romains des IIIe et Ve siècles de notre ère. Les textes que nous pouvons lire furent composés et copiés à d’autres dates. Nous distinguons donc l’époque où se déroule l’histoire, la rédaction d’un récit et la date de sa copie conservée. [4] [5] [12]
Une grotte dans plusieurs récits
Des jeunes hommes refusent les dieux de leur communauté, se réfugient dans une grotte et se réveillent après une longue période. Pensant leur absence courte, ils envoient un compagnon acheter de la nourriture. La découverte de leur histoire devient un signe de la puissance divine et de la résurrectionRésurrection des mortsRetour des morts à la vie, distinct de l’immortalité de l’âme, aux portées et formes variables.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. Cette séquence relie les compagnons de la Caverne du Coran à la famille des récits chrétiens des Dormants d’Éphèse. La ressemblance dépasse le sommeil prolongé : refuge religieux, grotte, réveil, nourriture, découverte et finalité liée à la résurrection et au dernier jour se trouvent associés. [1] [2] [5]
Les récits diffèrent sur le nombre et les noms des jeunes hommes, l’état de leurs corps, la durée de leur absence et les rôles de l’empereur et de la ville. Nous lirons chaque témoin dans son contexte avant de le comparer aux autres.
Trois dates à distinguer
Les récits chrétiens situent la persécution des jeunes hommes sous l’empereur romain DèceL’empereur DèceEmpereur romain de 249 à 251 ; les récits des Dormants situent leur persécution sous son règne.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication (249–251 de notre ère) et leur réveil sous Théodose IIThéodose IIEmpereur romain d’Orient de 408 à 450 ; les récits des Dormants situent leur réveil sous son règne.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication (408–450). Ce sont les règnes choisis comme cadre du récit. La date à laquelle celui-ci fut écrit constitue une autre question. [5] [12]
Il faut aussi dater la composition. Une homélie syriaqueSyriaqueForme littéraire de l’araméen, dotée d’un vaste héritage chrétien et d’attestations anciennes non chrétiennes.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication sur les jeunes hommes est attribuée à Jacques de SarougJacques de SarougAuteur syriaque de la fin du Ve et du début du VIe siècle, auquel est attribuée une homélie sur les jeunes gens d’Éphèse.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, qui vécut vers 451–521. Vient ensuite la date de la copie conservée. Ignazio GuidiIgnazio GuidiSavant italien (1844–1935) qui édita des formes syriaques du récit des Dormants et en traduisit une en italien.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication publia deux formes manuscrites différentes de l’homélie dans un ouvrage paru séparément en 1885, après sa publication académique en 1884. La date de l’auteur ne rend pas chaque ajout des copies ultérieures contemporain de celui-ci ; l’impression moderne ne date pas la naissance du récit. [4] [6]
Quelle lecture du témoin syriaque ?
Notre comparaison détaillée utilise la traduction italienne de Guidi pour la forme conservée dans le manuscrit Vatican syriaque 217, pages imprimées 29–32 de l’édition séparée. Une invocation explicitement chrétienne ouvre le texte, suivi du refus de l’encens aux dieux, de la fuite des jeunes hommes, de la fermeture de la grotte, du réveil et du voyage d’un compagnon à Éphèse. [5]
Nous avons lu la traduction italienne de Guidi pour cette recension, et non directement le manuscrit syriaque. Guidi la distingue de celle du manuscrit 115 et examine les ajouts ainsi que la difficulté de retrouver la lecture la plus ancienne. Nous attribuons donc le nombre des jeunes hommes et la durée à la recension particulière où ils figurent. [4]
Les jeunes hommes et le culte imposé
Dans cette traduction, l’empereur ordonne des offrandes d’encens et affronte des jeunes gens de familles importantes. Le fils d’un dignitaire parle avec sept compagnons : ils refusent les dieux fabriqués à la main et professent leur foi chrétienne. Avant le retour de l’empereur, ils se cachent dans une grotte montagneuse avec de l’argent fourni par leurs familles. [5]
Le Coran présente des jeunes gens croyant en leur SeigneurRabbTitre de seigneurie, propriété ou sollicitude selon le contexte ; appliqué à Dieu.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, rejetant d’autres dieux et choisissant le retrait et le refuge. Il ne nomme aucun empereur, ne précise pas le rang des pères et n’utilise pas la confession chrétienne triple de l’homélie. Ces différences construisent l’identité religieuse du récit. Une résistance commune à un culte imposé ne signifie pas des formulations identiques de la foi. [1]
Comment les récits décrivent-ils le sommeil et le réveil ?
Dans la forme traduite par Guidi, Dieu emporte les esprits des jeunes hommes au ciel et envoie un ange garder leurs membres. L’ouverture de la grotte les réveille ; ils entrent finalement à nouveau dans le sommeil du repos, que le traducteur explique comme la mort. Le vocabulaire du sommeil accompagne ainsi retour des esprits et conservation corporelle. [5]
Dans le Coran, les jeunes hommes paraissent éveillés alors qu’ils dorment. Ils sont retournés, et leur chien étend ses pattes antérieures à l’entrée. Ils sont ensuite relevés et s’interrogent sur leur séjour. La scène concerne la résurrection, mais les versets ne décrivent pas une montée puis un retour de leurs âmes depuis le ciel, comme le fait la recension syriaque lue ici. [2]
Pourquoi envoyer quelqu’un en ville ?
Après le réveil, le jeune homme nommé GiamblicoGiamblico, l'un des DormantsNom d'un jeune homme dans la version chrétienne traduite par Guidi ; il retourne acheter du pain après le long sommeil.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication dans la traduction de Guidi va chercher du pain en ville. Des croix visibles sur les portes contrastent avec la persécution dont il se souvient. Lorsqu’il présente ses pièces, les vendeurs soupçonnent la découverte d’un trésor ; l’interrogatoire révèle la distance temporelle. L’argent ancien rend le passé tangible dans le présent du récit. [5]
Dans le Coran 18,19, un compagnon emporte de l’argent à la ville pour acheter de la nourriture, tout en essayant de ne pas révéler leur présence. Voilà une ressemblance précise. La réaction du vendeur aux anciennes pièces, le soupçon d’un trésor trouvé et les croix sur les portes appartiennent au récit chrétien lu ici ; ils ne figurent pas dans le verset. [2]
Sept ou huit ?
Le titre familier des Sept Dormants ne décrit pas tous les témoins. Dans la forme syriaque examinée, un orateur a sept compagnons ; le jeune homme se décrit ensuite avec ces sept : huit personnes. L’ouverture du récit latin publié de Grégoire de ToursGrégoire de ToursAuteur chrétien du VIe siècle ; la fin du récit latin des Dormants nomme Grégoire et Jean le Syrien dans l’attribution de traduction.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication donne sept jeunes hommes. Le nombre supérieur du premier témoin compte des humains, sans représenter nécessairement l’ajout du chien. [5] [7]
Nicholas Sims-WilliamsNicholas Sims-WilliamsSpécialiste des langues iraniennes moyennes, dont le sogdien, et de textes chrétiens traduits du syriaque.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, spécialiste des langues iraniennes, décrit une version sogdienne traduite du syriaque qui compte également huit personnes. Le sogdien est une langue iranienne employée en Asie centrale. Nous utilisons sa présentation dans l’Encyclopædia Iranica, sans avoir examiné le manuscrit lui-même. Le nom habituel des Sept Dormants ne correspond donc pas au nombre de personnages de toutes les versions. [12]
Comment le Coran présente-t-il les nombres ?
Le verset 18,22 rapporte des propos : trois, leur chien étant le quatrième ; cinq, leur chien le sixième ; sept, leur chien le huitième. La critique de la conjecture accompagne le passage, qui renvoie à Dieu la connaissance de leur nombre et limite disputes et questions à leur sujet. Sept figure bien dans le texte, mais parmi des propos rapportés, plutôt que dans une énumération indépendante ouvrant l’histoire. [3]
Certains commentateurs privilégient le dernier propos : sept, avec le chien comme huitième. Pour comprendre cette lecture, il faut distinguer les propos présentés dans le verset du jugement du commentateur. Puis on revient aux autres détails : l’accord sur le seul nombre ne suffit pas à identifier un récit comme source directe d’un autre.
Combien de temps dure le sommeil dans chaque récit ?
Lors de l’interrogatoire dans la traduction de cette recension syriaque, 350 ans seraient écoulés depuis Dèce. Ce nombre ne correspond simplement ni à l’intervalle historique jusqu’à Théodose II, ni à la durée coranique. Il faut le conserver en identifiant son témoin, sans correction silencieuse ni attribution à toute l’homélie du VIe siècle. [4] [5]
Le verset 18,25 mentionne trois cents ans et neuf supplémentaires. Ibn KathirIbn KathirExégète et historien de Syrie (v. 1301-1373) qui privilégie Ismaël dans sa lecture du récit du sacrifice.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication (v. 1301–1373) explique trois cents années solaires comme correspondant à environ trois cent neuf années lunaires. Il s’agit d’une interprétation calendaire : le verset ne nomme pas explicitement les deux calendriers. La proximité arithmétique ne tranche ni la date de l’événement ni l’intention d’un récit comportant un autre nombre. [3] [11]
Le chien et ses noms ultérieurs
Le chien apparaît explicitement à l’entrée de la grotte et dans les propos numériques du Coran, mais n’y porte pas de nom. Qitmir, associé à des traditions et représentations ultérieures, ne doit pas être présenté comme un mot du texte coranique. [2] [3] [13]
Pour illustrer la diversité du détail, le commentaire d’al-TabariAl-TabariHistorien et exégète du Coran de l'époque abbasside (v. 839-923). Il rapporte deux identifications du fils d'Abraham, puis privilégie Isaac.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication (v. 839–923) sur 18,9 comprend un rapport nommant le chien Humran. La présence dans le commentaire n’établit pas un fait historique, mais montre des réceptions différentes. L’ange gardien de la forme syriaque ne prouve pas davantage que le chien dérive de lui : une fonction protectrice proche n’est pas une chaîne documentée entre personnages. [5] [10]
Al-raqim et la tablette
La forme traduite par Guidi comporte une tablette de plomb où deux hommes inscrivent noms et actions des jeunes gens ; évêque et empereur la lisent lors de la révélation. Un document interne au récit aide à identifier le passé. [5]
Al-Tabari rassemble des interprétations d’al-raqim comme village, vallée, écrit ou montagne, puis préfère un objet inscrit, telle une tablette ou pierre portant leur histoire. On peut comparer cette interprétation à la tablette du récit chrétien. Le Coran ne précise ni métal, ni auteurs, ni lieu de conservation d’une tablette. L’accord entre une interprétation et le détail d’un autre témoin n’élimine pas les autres lectures et n’établit pas à lui seul une source particulière. [1] [10]
Une transmission avec un intermédiaire nommé
Un cas dépasse la seule ressemblance. Le récit latin attribué à Grégoire de Tours se termine en lui attribuant la mise en latin, avec Jean le SyrienJean le Syrien, interprète de GrégoireInterprète nommé à la fin du récit latin des Dormants d'Éphèse, daté du VIe siècle.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication comme interprète. La base Cult of Saints date ce récit de 573–587. Il existe donc un intermédiaire nommé et une activité précise de traduction au VIe siècle. [7] [8]
La qualification de Syrien ne détermine pas à elle seule la langue de la source de Jean : grec ou syriaque peuvent avoir été concernés, et la question demeure discutée. Surtout, cette voie vers le latin n’établit pas une voie identique vers l’arabe ou le Coran. Les passages coraniques ne nomment ni livre chrétien particulier ni traducteur identifiable à cet intermédiaire. [3] [8]
Parenté narrative et source directe
Sidney GriffithSidney H. GriffithChercheur américain (1938–2026) spécialiste du christianisme syriaque et arabe ancien et de ses rencontres avec l'islam.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, spécialiste du christianisme syriaque et arabe, examine cette relation dans une étude sur la sourate al-Kahf. Son résumé publié propose que des récits oraux circulaient avant certaines versions écrites conservées et que le Coran en reprit des éléments pour ses propres objectifs. Nous présentons cet avis d’après le résumé accessible ; l’article entier n’a pas été lu pour cette étude. [9]
Nous disposons d’une suite de scènes liées : refuge dans une grotte, long sommeil, retour en ville pour acheter de la nourriture, puis découverte associée à la résurrection. Leur réunion rend une parenté narrative plus probable qu’une ressemblance isolée. Le chemin suivi par l’histoire vers chaque texte, oral, écrit ou les deux, exige d’autres témoins. [1] [2] [5] [7]
L’image documente la réception
La couverture est une feuille de Falnama, un livre illustré utilisé pour la divination. Elle date des années 1550 ; le Metropolitan Museum attribue sa production à QazvinQazvinVille iranienne, capitale safavide dans la seconde moitié du XVIe siècle, liée aux arts du manuscrit.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication en IranIranL’Iran est l’État actuel où se trouve Chouch, l’ancienne SuseGlossaire · Cliquez pour lire l’explication et la conserve sous le numéro 35.64.3. Jeunes hommes et chien documentent une réception artistique ultérieure, non un témoignage contemporain des événements racontés. [13]
Une image tardive ne date pas la première forme du récit. De même, la vénération d’un lieu comme leur grotte ne prouve pas indépendamment que l’événement s’y produisit. La localisation demande d’autres preuves. Ni la direction du soleil dans le texte ni une grotte peinte ne fournissent des coordonnées certaines.
Que reste-t-il après la comparaison ?
Nous disposons d’une parenté narrative forte et de témoins chrétiens antérieurs au Coran, avec des différences à préserver. Une traduction est attribuée à un auteur et à un intermédiaire nommé. Dans les textes examinés, aucune voie équivalente n’identifie une copie source particulière du récit coranique. L’ancienneté de la famille narrative ne détermine pas celle de chaque détail des versions conservées. [4] [6] [7] [8]
Le Coran utilise ce récit pour parler de l’unicité de Dieu, de la promesse de l’Heure et des limites du savoir humain. Les témoins chrétiens étudiés relient le réveil des jeunes hommes à la croyance en la résurrection. La comparaison éclaire ainsi le rôle de l’histoire dans chaque texte et sa circulation, sans trancher la réalité du miracle lui-même. [2] [3] [5] [7]
Références et notes
- Texte arabe : foi, retrait et grotte. Quran 18:9–16; Arabic primary text Revenir au texte ↑
- Sommeil, chien, nourriture et découverte ; sans monnaie impériale précisée. Quran 18:17–21; Arabic primary text Revenir au texte ↑
- Nombres rapportés, durée et limites du savoir. Quran 18:22–26; Arabic primary text Revenir au texte ↑
- Introduction des recensions et limites de datation ; sans collation syriaque directe. Ignazio Guidi, Testi orientali inediti sopra i Sette Dormienti di Efeso; 1884 journal,1885 offprint; printed16–18 Revenir au texte ↑
- Traduction entière de cette recension : huit humains,350ans et tablette ; sans généralisation. Guidi,1885 offprint, printed29–32; Vatican Syriac217 recension, Italian translation; PDF43–46 Revenir au texte ↑
- Datation et catalogue savants ; traduction complète de Brock non lue. Cult of Saints in Late Antiquity, E02525; Jacob of Serugh, Homily on the Youths of Ephesus Revenir au texte ↑
- Début, fin et attribution latins ; pages intermédiaires non lues. Gregory of Tours, Passio sanctorum martyrum septem dormientium apud Ephesum; MGH SS rer.Merov.1,2,pp398,403 Revenir au texte ↑
- Datation et langue source discutée ; identité de l’intermédiaire non décisive. Cult of Saints in Late Antiquity, E05364; Passio; dating573–587 and source-language discussion Revenir au texte ↑
- Résumé seulement ; hypothèse orale, non voie démontrée. Sidney Griffith, JIQSA6/1(2021), online15March2022; DOI10.5913/jiqsa.6.2021.a005; abstract Revenir au texte ↑
- Un passage exégétique : al-raqim et Humran ; sans preuve historique du rapport. Al-Tabari, commentary on Quran18:9; displayed selected-verse entry Revenir au texte ↑
- Explication calendaire ultérieure, non calendriers nommés dans le verset. Ibn Kathir, commentary on Quran18:25; displayed paragraph Revenir au texte ↑
- Notice courte ; manuscrit sogdien non examiné ici. Nicholas Sims-Williams, Encyclopaedia IranicaVII/5,p474,1998(updated2017) Revenir au texte ↑
- Identité et droits ouverts de l’image. Metropolitan Museum,35.64.3,The Seven Sleepers of Ephesus,Falnama,1550s,Qazvin Revenir au texte ↑
Historique de recherche
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