Étude
El avait-il une image ?
Une étude approfondie d’un sujet, accompagnée de preuves et de références.
Entre statuette assise attribuée prudemment à El et ancien décrit par les textes : distinguer attribution et apparence littéraire, puis comparer l’Ancien des jours sans inventer de transmission.
Partager l’article
Texte
Chercher une image d’ElEl à OugaritDivinité des traditions sémitiques occidentales, notamment à la tête de la famille divine dans les textes d’Ougarit.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, chef de la famille divine à OugaritOugaritVille et royaume anciens de Ras Shamra, sur la côte syrienne, florissants entre le XIVe et le début du XIIe siècle avant notre ère, avec des archives multilingues.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, conduit à un paradoxe. Les textes lui donnent des cheveux, une barbe, un corps et des gestes, mais l’identifier sur un objet précis reste bien plus difficile. Avait-il une statue ? Comment un dieu décrit si nettement peut-il demeurer discuté dans les images ?
Deux questions derrière le mot « image »
La première question est archéologique : possédons-nous un objet représentant El de manière démontrable ? La seconde est littéraire : les textes lui donnent-ils une apparence descriptible ? La seconde reçoit une réponse plus claire. Ne pas identifier une statue n’efface pas la forme décrite dans les récits ; une description littéraire ne nomme pas sûrement toute statue qui lui ressemble.
Pourquoi l’identification est-elle difficile ?
L’iconographieIconographieÉtude des images, attributs et contextes ; la ressemblance seule ne prouve pas l’identité.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication étudie les attributs visibles et leurs contextes. Trône, barbe et couronne peuvent appartenir à plusieurs personnages. La présentation du Metropolitan Museum souligne l’incertitude de l’identification d’El parmi les découvertes : certains hommes assis pourraient représenter un autre dieu ou un roi divinisé.[1] Cela concerne l’attribution, sans démontrer qu’El n’a jamais été représenté.
Un dieu assis et deux numéros
Une statuette de bronze recouverte de feuilles d’or compte parmi les principaux candidats : numéro de fouille RS 23.394, numéro de musée S3573. Le Musée virtuel de Syrie la présente comme un dieu assis, peut-être El, la date de 1400–1300 av. n. è. et indique une hauteur de 13,5 cm. La notice situe sa découverte dans la ville sud d’Ougarit et mentionne le musée de Damas dans ses données de 2011.[2]
La concordance des deux numéros évite de confondre des objets semblables. La photographie jointe est réutilisable sous licence, mais le nom du fichier, qui affirme l’identité d’El, ne constitue pas une preuve décisive. Notre légende conserve la réserve du catalogue. La notice de 2011 ne vérifie pas non plus la localisation actuelle de l’objet.
Que manque-t-il à cette attribution ?
La notice consultée ne fournit pas d’inscription nommant El. La posture assise, les vêtements somptueux et la barbe rendent plausible la comparaison avec le père divin, sans la rendre certaine. « Peut-être El » exprime donc une attribution fondée sur plusieurs caractéristiques, plutôt qu’une hésitation à écrire un nom assuré.
Les cornes ne sont pas une carte d’identité
Le catalogue interprète les trous au-dessus des oreilles comme les logements de cornes autrefois fixées à la coiffure.[2] Cet attribut peut soutenir une identification divine sans désigner El seul. Il faut aussi distinguer ce qui subsiste de ce qui relève d’une restitution : les cornes d’origine ne sont pas visibles sur cette photographie.
Les textes apportent un autre témoignage
Le cycle de BaalCycle de BaalEnsemble de textes religieux ougaritiques du Bronze récent, racontant les conflits de Baal, ses relations avec les dieux et la construction de son palais.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication et d’autres textes ougaritiques permettent d’étudier l’apparence littéraire d’El. Nous employons les numéros KTUKTU : références des textes ougaritiquesSigle d’un corpus moderne de textes cunéiformes alphabétiques ; ses numéros sont des références, pas des dates.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, références modernes à un corpus, et non titres inscrits par les anciens sur leurs tablettes.[11] Ce qui apparaît est un personnage narratif, pas le plan d’une statue perdue.
Une tête et une barbe grisonnantes
Dans KTU 1.3 V, AnatAnatDéesse active et violente dans la littérature ougaritique ; presse El pour le palais de Baal et emploie le langage de la paternité et de la sagesse.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication menace de couvrir de sang les cheveux et la barbe grisonnants d’El. Le passage comporte des lacunes et des restitutions, mais le grisonnement apparaît clairement dans la traduction commentée.[3] L’âge devient tangible : le personnage possède une tête et une barbe que l’on peut menacer. Le texte ne conserve ni la longueur de cette barbe ni les traits de son visage.
« Père des années » : une épithète à interpréter
ʾab šnm est souvent traduit par Père des années. Theodore Lewis mentionne également une autre lecture liée à Šunama.[4] L’épithète seule ne doit donc pas devenir une attestation certaine de son âge. Ensemble, cheveux gris, paternité et sagesse soutiennent l’image de l’ancienneté, même si l’expression particulière demeure discutée.
Taureau El n’impose pas une tête de taureau
L’épithète ṯr ʾil, Taureau El, accompagne celles de père et de roi. Lewis lit ces titres comme un langage de puissance, de virilité et de souveraineté.[4] Passer d’une épithète à une image animale précise demande d’autres preuves. Il discute aussi un taureau de bronze comme représentation possible liée à El ; cette attribution interprétative ne permet pas de nommer El tout taureau ougaritique.
Une apparence qui exerce l’autorité
Les personnages se rendent chez El, lui parlent et négocient. Son accord demeure important dans l’histoire du palais de BaalBaalDieu de l’orage et protagoniste du Cycle de Baal à Ougarit ; royauté active tandis qu’El garde son importance et autorise le palais.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, où AthiratAthiratDéesse de haut rang, généralement comprise comme parèdre d’El dans les textes ougaritiques ; épithète de génitrice et intercession pour le palais.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication sert d’intermédiaire.[3] Le corps littéraire n’est donc pas un simple décor : il rend présent le chef paternel dans les relations du conseil. L’autorité n’exige pas que son détenteur soit le guerrier le plus actif du récit.
Le dieu qui boit
Dans KTU 1.114, El offre un banquet aux dieux et boit jusqu’à s’effondrer. La scène montre un corps exposé à la perte d’équilibre plutôt qu’une force abstraite. Des chercheurs interprètent la fin comme un passage thérapeutique relatif aux effets de l’ivresse.[5][6] Cette forte représentation littéraire n’est ni le compte rendu d’un événement historique ni un exposé complet des croyances.
Le marziḥu ne se réduit pas à cette ivresse
Le texte est lié au marziḥuMarziḥuInstitution ou association de banquet dans les documents ougaritiques, aux fonctions non réductibles à un seul rituel.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, association ou institution de banquet. Christopher Hays met en garde contre l’extension de la scène : le repas porte d’abord un autre nom, et ni les morts ni les Rephaïm ne figurent parmi les invités.[5] L’ivresse d’El ne prouve pas que tout marziḥu communiquait avec les morts, ni que l’ivresse définissait cette institution.
Un ancien capable d’engendrer
KTU 1.23 présente El dans un contexte sexuel et procréateur qui aboutit à la naissance de fils. Lewis examine la main, le bâton et le sceptre comme un langage allusif dont les détails admettent plusieurs lectures.[4] Il n’est pas nécessaire de transformer chaque mot en terme anatomique. Mais la procréation réussie empêche de réduire El à un vieillard impuissant : ancienneté et vigueur coexistent.
Un corps narratif n’est pas une enquête sur toutes les croyances
Cheveux, barbe, boisson, parenté et émotions relèvent d’une représentation anthropomorpheAnthropomorphismeReprésenter une chose ou un être avec des traits humains, tels que bras, mains et vêtements. Le terme décrit une forme, sans établir une identité humaine ordinaire ou divine.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. Ils ne démontrent pas comment chaque habitant d’Ougarit comprenait ces descriptions, ni lesquelles étaient prises littéralement. Il faut distinguer le langage poétique des théories modernes sur la nature divine, et l’apparence littéraire de celle d’une image cultuelle.
Une attribution incertaine ne prouve pas une interdiction
L’aniconismeAniconismeÉvitement des images divines dans une pratique ou tradition ; ne se déduit pas d’un objet non identifié.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, ou l’évitement des images, diffère de l’incapacité du chercheur à nommer un objet. Une image peut disparaître, une statue rester sans inscription, des attributs divins se ressembler. L’absence d’une attribution admise dans les sources examinées ici ne permet pas de conclure à l’interdiction de représenter El. La preuve négativeIndices négatifsL’absence d’une trace attendue peut tester une hypothèse si conservation et recherche permettent d’attendre sa découverte ; toute absence n’est pas une preuve.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication demande de préciser ce qui aurait dû subsister et dans quelles conditions on aurait pu le trouver.
L’Ancien des jours dans Daniel
Dans Daniel 7,9–10, l’Ancien des joursAncien des joursDésignation de la figure divine aux cheveux blancs, au trône et au tribunal dans Daniel7.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication apparaît assis, avec des vêtements blancs, les cheveux comme de la laine, un trône de feu, une cour céleste et un tribunal.[7] Le passage décrit les cheveux de sa tête, pas une barbe blanche. Cette image corporelle exprime l’ancienneté de l’autorité dans une vision ; elle ne nomme pas le personnage El d’Ougarit.
Une comparaison pertinente à travers un long intervalle
Cheveux gris, ancienneté et autorité céleste rendent la comparaison pertinente. Le guide de Yale présente ce rapprochement parmi les arrière-plans de la vision.[8] Pourtant, de nombreux siècles séparent les tablettes d’Ougarit de la forme hellénistique de Daniel. La ressemblance ouvre une recherche sur la continuité et la réinterprétation ; elle ne prouve ni la réception d’une tablette précise ni la copie du visage d’une statue.
L’hypothèse d’un Yahweh qui « mûrit »
Dans YahwehYahwehNom propre divin écrit YHWH dans la Bible hébraïque.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication’s Coming of Age, Jason Bembry propose un parcours allant de YahwehYahwehNom propre divin écrit YHWH dans la Bible hébraïque.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication jeune guerrier à la figure divine âgée de Daniel, avec un rôle pour les traditions d’El.[9] La présentation publiée du livre sert ici à identifier la thèse ; sa lecture intégrale n’est pas revendiquée. Le modèle interroge la transformation du langage de l’autorité divine.
Pourquoi ce modèle reste-t-il discuté ?
Dans son compte rendu, Klaas Spronk juge les comparaisons intéressantes, mais souligne les difficultés de datation et de démonstration des relations entre les textes. Il conteste l’association entre vieillesse et faiblesse d’El, notamment devant la procréation réussie de KTU 1.23.[10] Des textes différents ne forment pas automatiquement une seule biographie ordonnée : jeune, puis vieux, puis impuissant.
Nous ne pouvons pas dessiner le visage connu d’El
Un artiste moderne pourrait réunir barbe, cheveux gris, trône et vêtements. Le résultat resterait un choix moderne, pas la restitution documentée du visage d’El. Cette étude emploie donc la photographie de l’objet candidat avec une légende prudente, et des schémas expliquant les degrés de preuve. Aucun ne présente une apparence divine inventée comme découverte archéologique.
Que peut-on affirmer avec confiance ?
Les textes attribuent certainement à El des traits humains, paternels et royaux. RS 23.394 est catalogué comme un dieu assis, possiblement El. Son identité exacte, l’apparence des images cultuelles d’El et le parcours de la figure divine âgée jusqu’à Daniel nécessitent différents degrés de réserve. L’absence d’accord sur une image ne signifie pas l’absence d’une représentation ancienne.
Clair dans le récit, discuté sur l’objet
El avait-il une image ? Il possède assurément une apparence littéraire, et des chercheurs lui attribuent certains objets. Les sources utilisées ici ne fournissent pas une image matérielle dont l’identification soit unanimement assurée. La distinction est essentielle : nous pouvons étudier la manière dont les textes le décrivent sans prétendre reconnaître son visage sur une statue précise.
Références et notes
- Ira Spar (2009). The Gods and Goddesses of Canaan. The Metropolitan Museum of Art. Paragraphe sur El : attribution incertaine des personnages assis ; dieu non identifié ou roi divinisé possible. Ni inventaire universel ni preuve d’interdiction. Revenir au texte ↑
- Virtual Museum of Syria. Seated God Figurine (possibly El). RS 23.394 / Damascus S3573 ; ville sud d’Ougarit ; 1400–1300 ; 13,5 cm ; bronze/or, trous pour cornes et données de Damas de 2011. Attribution à El possible. Photo CC0 distincte, pas l’image protégée du catalogue. Revenir au texte ↑
- Jeffery B. Lloyd (1994). The Goddess Anat: An Examination of the Textual and Iconographic Evidence from the Second Millennium B.C. University of Edinburgh doctoral thesis. P. 182–185, 191–192 sélectionnées : KTU 1.3 V, menace contre cheveux/barbe gris, restitutions, médiation pour le palais. Thèse non intégralement lue. Revenir au texte ↑
- Theodore J. Lewis (2022). God (ʾIlu) and King in KTU 1.23. In “Like ʾIlu Are You Wise”: Studies in Northwest Semitic Languages and Religions in Honor of Dennis Pardee. SAOC 73. P. 31, 34–36, 40, 42 sélectionnées ; p. 34 n. 17 : Père des années ou Šunama ; p. 40 : père/taureau/roi et procréation, n. 55 taureau proposé. Langage sexuel allusif et détails discutés ; pas de mariage sacré humain restitué. Revenir au texte ↑
- Christopher B. Hays (2011). Death in the Iron Age II and in First Isaiah. FAT 79. P. imprimées 116–117 dans un extrait de 23 pages ; p. 117 = page PDF 18, pas 13, selon l’ordre du fichier. Institution/propriétés/banquets, KTU 1.114 et limites concernant ivresse, morts et Rephaïm. Livre non intégralement lu. Revenir au texte ↑
- Klaas Spronk. The Incantations. In Handbook of Ugaritic Studies, chapter 5. Section 5.5, page PDF16, p. imprimée285 : KTU 1.114, ivresse, remède et recette humaine proposée. Interprétation fonctionnelle, pas déclaration conservée de tous les usages de la tablette. Revenir au texte ↑
- Daniel 7:9–10. King James Version, Bible Gateway. Daniel7,9–10 : vêtements blancs, cheveux comme laine, trône et tribunal ; pas de barbe dans la description. Paraphrase du passage, pas citation d’une traduction arabe. Revenir au texte ↑
- Yale Bible Study. Daniel the Dreamer – Study Guide (Daniel 7). Vision et interprétation : Ancien des jours, rapprochement avec El et contexte hellénistique/Antiochos IV. Interprétation historique, pas preuve d’une tablette transmise ou d’un visage copié. Revenir au texte ↑
- Jason Bembry (2011). Yahweh’s Coming of Age. Eisenbrauns. Présentation publiée et sommaire seulement : jeune guerrier, dieu âgé, traditions cananéennes. Livre non intégralement lu ; thèse discutée dans la référence suivante. Revenir au texte ↑
- Klaas Spronk (2013). Review of Jason Bembry, Yahweh’s Coming of Age. Bibliotheca Orientalis 70, 179–181; author’s two-page version. Version d’auteur complète de deux pages : datation/liens textuels, critique de l’impuissance d’El, KTU1.23. Préparation antérieure à la publication ; pagination PDF distincte de celle de la revue. Revenir au texte ↑
- Edition des ugaritischen poetischen Textkorpus (EUPT), Göttingen. Bibliographische Abkürzungen. Entrées KTU1, KTU2/CAT, KTU3 : Dietrich, Loretz, Sanmartín ; éditions1976,1995,2013. Références vérifiées, pas lecture de tous les textes des éditions. Revenir au texte ↑
Proposer une correction · Proposer une source pour cette notice
Citer cette notice
IL Archive, «El avait-il une image ?», Édition 1, https://ilarchive.com/fr/studies/did-el-have-an-image