Étude

Ougarit

Une étude approfondie d’un sujet, accompagnée de preuves et de références.

Des fouilles de 1929 à l’alphabet, aux maisons, aux scribes et au cycle de Baal : ce qu’Ougarit révèle des dieux du Levant et les limites de la comparaison.

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Entrée d’Ougarit à Ras Shamra, près de Lattaquié ; M. Benoist, août 1989. Photographie moderne des vestiges, pas restitution de la ville ancienne
Entrée d’Ougarit à Ras Shamra, près de Lattaquié ; M. Benoist, août 1989. Photographie moderne des vestiges, pas restitution de la ville ancienneMbenoist (M. Benoist) · Wikimedia Commons · CC BY-SASource de l’image

Texte

La ville qui a rendu visibles les dieux de Canaan

Au printemps 1929, des archéologues commencèrent à travailler à Ras ShamraOugaritVille et royaume anciens de Ras Shamra, sur la côte syrienne, florissants entre le XIVe et le début du XIIe siècle avant notre ère, avec des archives multilingues.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, sur la côte syrienne. Dès la première campagne apparurent des tablettes portant une écriture cunéiformeÉcriture cunéiformeÉcriture à signes en forme de coins, issue des traditions de notation mésopotamiennes et utilisée pour plusieurs langues dès le IIIe millénaire avant notre ère.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication inconnue des chercheurs. Son déchiffrement ouvrit une fenêtre sur une ville dont les scribes racontaient leurs dieux dans la langue locale. El, BaalBaalDieu de l’orage et protagoniste du Cycle de Baal à Ougarit ; royauté active tandis qu’El garde son importance et autorise le palais.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication et AnatAnatDéesse active et violente dans la littérature ougaritique ; presse El pour le palais de Baal et emploie le langage de la paternité et de la sagesse.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication devinrent accessibles à travers des dialogues, des récits et des ritesRitePratique organisée ou distinguée, porteuse de sens pour une communauté ; ses traces ne révèlent pas à elles seules une doctrine associée.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. [1][4]

C’est en ce sens qu’Ougarit nous a rendu les dieux de Canaan. Sa découverte apporta une documentation directe exceptionnelle sur une tradition religieuse ouest-sémitique. Il faut toutefois préciser la portée de cette formule : ce sont les textes d’une ville septentrionale particulière, et non un relevé complet des religions du LevantLe LevantLe Levant désigne régionalement les terres de la Méditerranée orientaleGlossaire · Cliquez pour lire l’explication. [8][15]

Une tombe du port avant les tablettes de la ville

La découverte moderne commence par une tombe trouvée fortuitement en 1928 à Minet el-Beida, près de la côte. L’année suivante, Claude Schaeffer dirigea les fouilles du port et du tell voisin de Ras Shamra. Les deux sites se révélèrent être le port et la capitale associés au royaume d’Ougarit. [1]

La tombe ne dévoila pas elle-même les mythes. Elle signala un contexte archéologique ; les fouilles mirent ensuite au jour des bâtiments et des tablettes demandant une lecture nouvelle. Entre découvrir et comprendre, il fallait identifier l’écriture, comparer ses signes, restituer la langue puis traduire les textes.

Où se trouvait Ougarit ?

Le tell d’OugaritOugaritVille et royaume anciens de Ras Shamra, sur la côte syrienne, florissants entre le XIVe et le début du XIIe siècle avant notre ère, avec des archives multilingues.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication se trouve à une dizaine de kilomètres au nord de LattaquiéLattaquiéVille côtière de Syrie, au sud de l’ancienne Ougarit, à Ras Shamra.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication et à environ 800 mètres de la mer. Il couvre quelque 28 hectares. La baie voisine de Minet el-Beida reliait la capitale au commerce maritime. La ville participait à des réseaux unissant côte syrienne, Chypre, Égypte, AnatolieAnatolieL’Anatolie est la région occupant la partie asiatique de la Turquie actuelleGlossaire · Cliquez pour lire l’explication et MésopotamieMésopotamieRégion historique associée au Tigre et à l’Euphrate, ayant abrité de nombreuses sociétés et civilisations.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. [1]

Les fouilles ont révélé des quartiers résidentiels, des secteurs palatiaux et une acropole comprenant deux grands temples. Les textes peuvent ainsi être rattachés à la vie urbaine : maisons, rues, sanctuaires, palais et port. Les tablettes sont des documents issus d’une ville habitée, dont les contextes matériels éclairent l’usage.

L’âge du site et celui des archives

L’installation à Ras Shamra remonte au Néolithique, bien avant les célèbres tablettes. Les documents donnant l’image la plus riche du royaume appartiennent surtout au Bronze récentBronze récentPériode archéologique située généralement vers 1600–1200 avant notre ère au Proche-Orient, selon les régions.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. La documentation akkadienneAkkadienLangue sémitique orientale ancienne, écrite en cunéiforme en Mésopotamie.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication va du milieu du XIVe au début du XIIe siècle avant notre ère. La notice linguistique de Mnamon propose pour les témoins ougaritiques une fourchette prudente d’environ 1300–1190. [1][2][7]

Les ouvrages divergent sur les débuts de l’écriture alphabétique ; tous les textes ne doivent donc pas recevoir une date unique. Surtout, l’âge d’une copie sur argile ne fixe pas à lui seul l’origine du récit ou du culte qu’elle conserve. Certaines traditions peuvent être antérieures, mais mesurer cette ancienneté exige d’autres preuves.

La fin du royaume et la survie d’une partie de sa mémoire

La ville fut détruite vers 1180 avant notre ère, pendant les bouleversements marquant la fin du Bronze récent en Méditerranée orientale. Cette date clôt le royaume connu par les archives. Elle n’implique pas que le site n’ait plus jamais servi : la mission signale des réoccupations ultérieures plus modestes. [1]

Des tablettes et fragments demeurèrent sous les ruines. Certains permettent une lecture étendue, d’autres ont perdu des lignes ou de grandes portions. L’archive découverte représente donc une fraction de la documentation ancienne. Notre lecture dépend de la conservation, de la destruction, des fouilles et des restitutions, autant que des choix des scribes. [16]

Une ville avec plusieurs langues

Ougarit utilisait sa langue locale, l’akkadienAkkadienLangue sémitique orientale ancienne, écrite en cunéiforme en Mésopotamie.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication babylonien à vocation internationale et d’autres langues attestées, dont le hourrite, le sumérien et le hittite. Plusieurs systèmes graphiques étaient présents. Cette diversité ne constitue pas un recensement des langues parlées quotidiennement : une langue écrite pouvait servir à l’enseignement ou à la diplomatie. [6]

La correspondance et les traités internationaux étaient rédigés en akkadien, de même que des contrats locaux. L’ougaritique servait à la littérature, aux rites et à de nombreux documents administratifs. Ces usages révèlent des traditions scribales imbriquées dans une même société.

Un alphabet d’apparence cunéiforme

L’alphabet ougaritiqueAlphabet ougaritiqueAlphabet cunéiforme long de 30 signes, surtout consonantique. Sa forme ne suppose ni principe syllabique akkadien ni statut de premier alphabet.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication long comporte trente signes. Leur forme est cunéiforme, mais leur principe diffère du système akkadien associant syllabogrammes et logogrammes. En ougaritique, un signe représente généralement une consonne : on peut parler d’alphabet consonantique ou d’abjad. [3][4]

Il ne note pas les voyelles comme le font de nombreux alphabets modernes. Trois signes de l’occlusive glottale sont néanmoins liés à la voyelle qui l’accompagne. Les textes ordinaires se lisent de gauche à droite. Des outils et des empreintes similaires n’impliquent donc pas une même représentation de la langue.

Abécédaire ougaritique incomplet, Louvre AO 19992 / RS 10.087, vers 1400–1200 selon le musée ; découvert 1938, 7 lettres manquantes. Pas le RS 12.033 complet trouvé 1948
Abécédaire ougaritique incomplet, Louvre AO 19992 / RS 10.087, vers 1400–1200 selon le musée ; découvert 1938, 7 lettres manquantes. Pas le RS 12.033 complet trouvé 1948Rama · Wikimedia Commons · CC BY-SASource de l’image

Ougarit a-t-elle inventé le premier alphabet ?

Les témoins ne permettent pas cette affirmation. Mnamon privilégie une adaptation locale d’une écriture alphabétique existante à la technique cunéiforme. Le ministère français de la Culture précise aussi qu’aucun héritier direct assuré n’apparaît, comparable à la continuité de l’alphabet linéaire phénicien. [3][4]

La valeur d’Ougarit ne dépend pas du titre de premier alphabet. Elle fournit des preuves d’usages littéraires, administratifs et religieux de l’écriture alphabétique, ainsi que de l’enseignement de l’ordre des signes. La tablette complète RS 12.033, découverte en 1948, est un témoin important. La photographie présentée ici montre une autre pièce, incomplète : AO 19992 / RS 10.087. [5][17]

Les archives n’étaient pas une bibliothèque unique

Les textes étaient répartis entre palais, maisons et bâtiments liés au religieux. L’étude des fragments montre que qualifier un ensemble d’archive ne dispense pas d’examiner sa formation, sa durée de conservation et les déplacements possibles de ses éléments. [16]

Une maison pouvait réunir lettres, contrats, exercices et œuvres littéraires. Les activités administratives, culturelles et rituelles pouvaient se croiser. Le nom moderne d’un bâtiment ne détermine donc pas le genre de tous ses textes ni l’existence d’une collection unique accessible à toute la ville.

La maison d’Ourtenou : commerce, écriture et rite

Les découvertes du secteur sud-centre, notamment depuis 1973, ont livré un ensemble important associé ensuite à la maison d’OurtenouOurtenou et sa maisonPersonnage proche de la cour et du commerce, lié à des archives du sud-centre ; des textes familiaux et personnels ont aidé à l’identifier.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. Son propriétaire était proche de la cour et lié au commerce. Bordreuil et Malbran-Labat expliquent comment des lettres familiales et un texte de protection personnelle ont contribué à son identification. [9]

Des listes administratives, des lettres royales et des textes lexicaux côtoyaient un document relatif aux funérailles d’un roi. Cet ensemble rappelle que religion, économie, famille et palais n’étaient pas toujours des domaines séparés du travail scribal. Il ne confère toutefois pas la même fonction à tous les documents et ne fait pas de chaque notable un auteur de mythes.

De petits fragments changent encore les lectures

La mission décrit un projet consacré à des documents alphabétiques inédits, majoritairement de petits fragments provenant de plusieurs secteurs. Il faut chercher des raccords et examiner pâte, écriture, disposition des lignes et contexte. [16]

Quelques centimètres d’argile peuvent modifier la lecture d’un nom ou relier deux lignes. La traduction d’un texte ancien demeure ainsi un travail ouvert. Le chiffre cité sur une page de projet ne doit pas devenir un inventaire actualisé de tous les inédits. Le projet montre lui-même combien la connaissance dépend des restitutions et recherches continues.

Les deux temples et le nom de Dagan

L’acropole conserve les vestiges du temple de Baal et du bâtiment traditionnellement appelé temple de DaganDaganDieu connu en Syrie et Mésopotamie, attesté dans les listes, offrandes et noms ougaritiques ; Baal est dit son fils. Attribution du temple discutée.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. Le résumé éditorial de l’étude d’Olivier Callot décrit leur construction au Bronze moyen, leur effondrement lors d’un séisme au milieu du XIIIe siècle, puis la reconstruction du temple de Baal avant la destruction finale. [10]

La seconde attribution reste discutée. La notice de Dagan dans ORACC présente une réinterprétation comme temple d’El. Nous conservons donc le nom traditionnel en signalant le débat. Identifier le culte d’un bâtiment exige de confronter objets, inscriptions et contexte, au-delà de son appellation moderne. [11]

Ilimilkou : la main du scribe et l’âge du récit

Le nom d’IlimilkouIlimilkouScribe lié au cycle de Baal, à Kirta et à Aqhat ; écriture et colophons soutiennent l’attribution. Son activité ne date pas seule l’origine des traditions.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication est associé à plusieurs œuvres littéraires majeures. L’écriture et les colophons aident à lui attribuer des tablettes du cycle de BaalCycle de BaalEnsemble de textes religieux ougaritiques du Bronze récent, racontant les conflits de Baal, ses relations avec les dieux et la construction de son palais.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication et des récits de Kirta et d’Aqhat. Des présentations savantes modernes placent cette activité à la fin du XIIIe siècle avant notre ère, après une longue discussion chronologique. [7][8]

Cela établit son rôle dans la mise par écrit de la littérature ; sa contribution à la composition ou à la forme des œuvres peut aussi être discutée. Cela ne prouve pas qu’il ait inventé tous les mythes transmis. La date de la main produisant la copie doit être séparée de l’histoire d’une tradition éventuellement diffusée auparavant oralement ou par écrit. Un colophon témoigne du travail du scribe, pas de la naissance d’une religion entière.

Schéma moderne distinguant le travail du scribe de l’origine des traditions ; aucun portrait ni invention de tous les mythes affirmée
Schéma moderne distinguant le travail du scribe de l’origine des traditions ; aucun portrait ni invention de tous les mythes affirméeIL Archive · schéma original · CC BYSource de l’image

Six tablettes et un monde de conflits

Le cycle de BaalCycle de BaalEnsemble de textes religieux ougaritiques du Bronze récent, racontant les conflits de Baal, ses relations avec les dieux et la construction de son palais.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication est connu par six tablettes, numérotées KTUKTU : références des textes ougaritiquesSigle d’un corpus moderne de textes cunéiformes alphabétiques ; ses numéros sont des références, pas des dates.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication 1.1–1.6 dans les catalogues modernes. BaalBaalDieu de l’orage et protagoniste du Cycle de Baal à Ougarit ; royauté active tandis qu’El garde son importance et autorise le palais.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication combat YamYam / NaharDieu de la Mer et adversaire royal de Baal, également associé à Nahar, Fleuve.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, la Mer, aidé de deux armes fabriquées par l’artisan Kothar-wa-HasisKothar-wa-HasisDieu artisan du Cycle de Baal ; fournit des armes et construit le palais.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. Viennent ensuite la construction du palais, le conflit avec Mot, l’absence de Baal et la reprise de la lutte. [8][12][14]

Ce résumé suit les épisodes conservés et ne restitue pas chaque passage perdu. Une cassure peut interrompre le lien causal entre deux événements. Les lacunes ne doivent pas être comblées automatiquement par un récit moderne fluide ni le cycle converti en calendrier agricole fixe. Les lectures saisonnières peuvent éclairer la comparaison, tout en restant des interprétations. [14]

Tablette du cycle de Baal, Louvre AO 16640 / RS 3.367, liée àKTU 1.2, vers 1400–1200. Témoin littéraire, pas tablette d’accord du palaisKTU 1.4 ni ensemble des six tablettes
Tablette du cycle de Baal, Louvre AO 16640 / RS 3.367, liée àKTU 1.2, vers 1400–1200. Témoin littéraire, pas tablette d’accord du palaisKTU 1.4 ni ensemble des six tablettesRama · Wikimedia Commons · CC BY-SASource de l’image

El : le père resté à la tête de la maison

ElEl à OugaritDivinité des traditions sémitiques occidentales, notamment à la tête de la famille divine dans les textes d’Ougarit.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication apparaît comme père, roi et chef de la maison divine. Les textes lui donnent des rôles concernant la descendance, la famille et le gouvernement. Joel Burnett explique le conseil divinConseil divinReprésentation d’êtres divins formant une assemblée dotée d’une autorité et de rôles distincts.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication selon ce modèle : El en est le chef ancien, tandis que le guerrier Baal exerce sa royauté dans ce cadre. [13]

La place centrale de Baal dans l’action ne prive pas El d’autorité. Son accord demeure essentiel dans l’affaire du palais, et les autres personnages viennent le solliciter ou exercer des pressions. Le père qui reconnaît une position et le héros combattant réunissent tension et complémentarité. Le cycle ne conserve aucun récit dans lequel Baal tue El pour prendre sa place.

Athirat auprès d’El

AthiratAthiratDéesse de haut rang, généralement comprise comme parèdre d’El dans les textes ougaritiques ; épithète de génitrice et intercession pour le palais.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication est généralement comprise comme la compagne d’El et la grande mère de la communauté divine. Son titre la relie à l’engendrement des dieux ; les textes parlent de ses fils. Dans l’affaire du palais, elle intervient auprès d’El pour obtenir son accord en faveur de Baal. [13][14]

Les textes ne fournissent pas pour autant un registre complet des naissances divines. Le langage familial organise la communauté céleste et peut exprimer appartenance, rang et filiation. Des noms ou titres communs à plusieurs sites ne garantissent pas non plus une personnalité et un culte partout identiques.

Anat, Yam et Mot : au-delà des noms

AnatAnatDéesse active et violente dans la littérature ougaritique ; presse El pour le palais de Baal et emploie le langage de la paternité et de la sagesse.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication agit violemment dans le cycle et intervient dans l’affaire du palais et la crise de la mort de Baal. Yam et Mot associent les domaines familiers de la mer et de la mort à des personnages qui parlent, luttent et revendiquent une autorité. [12][14]

Les réduire à des symboles abstraits serait insuffisant, comme identifier Anat exactement à toute autre déesse guerrière. Les textes locaux donnent aux personnages des relations et des actions particulières. La comparaison est utile lorsqu’elle préserve ces différences au lieu de les effacer sous une fonction générale.

La littérature religieuse ne résume pas tout le culte

Aux mythes s’ajoutent des textes d’offrandes, des rites, des incantations et des documents liés aux morts ou à la royauté. La vie religieuse comportait donc des actes, des matériaux, des participants et des occasions, en plus des récits de victoire de Baal. [6][8][9]

Une divinité peut être importante dans les listes cultuelles et moins visible dans la littérature. Dagan, par exemple, apparaît dans les listes, les offrandes et les noms personnels davantage que dans les récits mythologiques conservés. La place dans une histoire ne mesure pas seule l’étendue du culte ; le silence littéraire ne prouve pas l’absence de sanctuaires ou de fidèles. [11]

Pourquoi parler des dieux de Canaan ?

Ougarit conserve une tradition partageant noms divins, images et langue religieuse avec un monde ouest-sémitique plus large. Ces liens rendent compréhensible la formule dieux de Canaan. Ougarit était toutefois une ville et un royaume, tandis que Canaan désignait une région plus vaste, sans État unique ni livre doctrinal commun. [15]

Peter Craigie souligne l’intérêt et les risques de l’assimilation des deux ensembles. Un texte ougaritique peut éclairer un parallèle connu plus au sud. Il ne permet pas d’affirmer que chaque localité cananéenne racontait les mêmes histoires ou attribuait les mêmes rangs aux dieux.

Un royaume syrien et une langue ouest-sémitique

Qualifier Ougarit de royaume syrien ancien situe son environnement historique ; qualifier sa langue de sémitique du Nord-Ouest identifie sa parenté linguistiqueParenté linguistiqueRelation fondée sur un héritage linguistique commun, distincte de l’emprunt direct ou de croyances identiques.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. Mnamon rappelle que sa position précise dans la famille sémitique reste discutée. L’expression dialecte cananéen ne doit donc pas être présentée comme une classification définitivement acquise. [2]

Ces catégories ne sont pas des identités nationales modernes et ne s’excluent pas. Le royaume entretenait des liens avec la puissance hittite, les mondes méditerranéens et la Mésopotamie. Ces relations appartiennent à son histoire, en même temps que son implantation clairement située sur la côte syrienne. [1][6]

Pourquoi Ougarit a-t-elle changé la lecture des textes hébreux ?

Les tablettes apportèrent une documentation comparative indépendante : El et la maison divine, conseils et messagers, Baal dieu de l’orage, appelé chevaucheur des nuées et combattant la Mer. Elles rendirent visibles des images religieuses et littéraires hors des cadres polémiques où certains textes hébreux décrivent des cultes concurrents. [12][13]

Un parallèle ne prouve pourtant pas qu’un auteur hébreuHébreuLangue sémitique du Nord-Ouest appartenant au groupe cananéen, avec des formes anciennes et modernes.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication ait lu une tablette précise à Ougarit. Géographie, chronologie et différences de contexte comptent. Craigie explique comment les contacts historiques et les traditions communes rendent la comparaison possible, tout en refusant de traiter les corpus comme une littérature unique sans contrôle critique. [15]

Comment éprouver une ressemblance ?

La comparaison commence par les mots, le contexte et la date du témoin : s’agit-il d’un titre identique, d’une image générale ou d’une structure narrative ? Elle cherche ensuite les voies possibles de transmission et considère d’autres explications, comme un héritage commun plus ancien ou un réemploi indépendant. [15]

Deux mots semblables ne prouvent pas une copie directe. Les différences religieuses ultérieures n’effacent pas non plus toute continuité. La force d’Ougarit est de fournir un côté vérifiable de la comparaison. Chaque affirmation de transmission exige encore ses propres preuves.

Des textes dans un paysage matériel

Les tablettes appartiennent à un site comprenant architecture, objets, voies, maisons et tombes. Restituer les archives suppose d’examiner lieux de découverte, pâte, forme, écriture, déplacement ou cassure possibles. La mission explique comment les imprécisions des fouilles anciennes et la dispersion des pièces entre musées compliquent ce travail. [16]

Ces indices n’identifient pas toute statuette à un dieu nommé dans un poème ni tout bâtiment à son temple. Ils permettent de rattacher les textes à la société qui les produisit. La ville contextualise les mots, et les mots éclairent certains objets. Là où les preuves ne convergent pas, une identification doit rester possible.

Une ville a ouvert une vaste fenêtre

Certains noms divins étaient connus par d’autres traditions avant la découverte de Ras Shamra. La nouveauté fut l’étendue du contexte : des dieux qui parlent, des scribes nommés et des ensembles révélant littérature, culte et administration. La recherche pouvait confronter ses descriptions de la religion ouest-sémitique aux documents de celle-ci. [8][13][15]

Ougarit n’a livré ni toute la religion cananéenne ni l’origine de chaque idée ultérieure. Elle a fourni une ressource plus précise : une ville dont nous connaissons en partie rues, maisons et scribes, avec des éléments importants de son monde divin. Sa valeur tient à cette précision. Nous rencontrons El, Baal, Athirat et Anat dans une tradition située dans le temps et l’espace, puis comparons ses témoins conservés à ceux d’autres villes et périodes.

Références et notes

  1. Valérie Matoïan. Historique de la Mission archéologique syro-française de Ras Shamra–Ougarit. Exposé historique : site, fouilles depuis 1929, occupation, destruction vers 1180 et réseaux méditerranéens. Ni cause unique ni absence de réoccupation déduites. Également lu : le récit de Valérie Matoïan sur la tombe découverte en 1928 et les fouilles du printemps 1929. Revenir au texte ↑
  2. Paolo Merlo. Ugaritic: language. Mnamon, Scuola Normale Superiore. Introduction visible : témoins linguistiques vers 1300–1190 ; classement sémitique précis discuté. Fourchette non étendue à toutes les langues des archives. Revenir au texte ↑
  3. Paolo Merlo. Ugaritic: writing. Mnamon. DOI: 10.25429/sns.it/lettere/mnamon019. Notice principale complète : 30 signes, technique cunéiforme/principe alphabétique, trois signes glottaux, direction, variantes rares et adaptation probable d’un alphabet antérieur. Datation 14e–12e plus large que notice linguistique. Revenir au texte ↑
  4. Anne-Sophie Dalix. Les alphabets à Ougarit. Ministère de la Culture. Déchiffrement depuis 1929, usages, 30 signes, diffusion limitée et absence d’héritier direct assuré. Formulation tardive de la fin non préférée à la chronologie de destruction de la mission. Revenir au texte ↑
  5. Anne-Sophie Dalix. Un abécédaire : la tablette RS 12.033. Ministère de la Culture. Tablette complète trouvée en 1948, ordre des 30 signes et enseignement. Photo de l’étude : autre tablette incomplète AO 19992/RS 10.087. Revenir au texte ↑
  6. Carole Roche-Hawley. Corpus et langue / La documentation textuelle d’Ougarit. Ministère de la Culture. Langues/écritures, babylonien diplomatique/juridique, ougaritique rituel et administratif, cursus. Langues écrites non assimilées à un recensement des locuteurs. Revenir au texte ↑
  7. Carole Roche-Hawley. Les scribes à Ougarit. Ministère de la Culture. Akkadien milieu 14e–début 12e, formation/culture babylonienne, proposition de débuts alphabétiques au 13e et activité d’Ilimilkou. Proposition non présentée comme consensus. Revenir au texte ↑
  8. Arnaud Sérandour. La première littérature levantine connue. Ministère de la Culture. Six tablettes de Baal, trois pour Kirta/Aqhat, écriture/colophons et Ilimilkou/datation tardive, littérature/rite/contexte syrien. Auteur ne prouve pas l’invention de toute tradition. Revenir au texte ↑
  9. Pierre Bordreuil and Florence Malbran-Labat (1995). Les archives de la maison d’Ourtenou. CRAI 139(2), 443–451. DOI: 10.3406/crai.1995.15480. P. 443–444 seulement : découvertes 1973, listes/lettres/lexique/funérailles et indices d’identification 1992. P. 445–451 non lues. Revenir au texte ↑
  10. Olivier Callot (2011). Les sanctuaires de l’acropole d’Ougarit. Les temples de Baal et de Dagan. RSO XIX, MOM Éditions. Résumé, métadonnées et sommaire seulement : construction au Bronze moyen, séisme milieu 13e et reconstruction du temple de Baal. 238 pages non intégralement lues ; illustrations protégées non reprises. Revenir au texte ↑
  11. Adam Stone (2019). Dagan (god). Ancient Mesopotamian Gods and Goddesses, ORACC. Culte/généalogie/témoins : listes/offrandes/noms, faible présence littéraire, langage paternel Dagan/El et réattribution du temple à El. Interprétation signalée, pas consensus affirmé. Revenir au texte ↑
  12. Robert Hawley. Le cycle de Baal. With translation by P. Bordreuil and D. Pardee (Manuel d’Ougaritique, 2004). Ministère de la Culture. Présentation et traduction KTU 1.2 IV : Baal/orage/nuées, Yam/deux armes/Kothar. Sans citation étendue ni généralisation à tout le cycle lacunaire. Revenir au texte ↑
  13. Joel S. Burnett (2022). The Persistence of El in Iron Age Israel and Ammon. In Biblical and Ancient Near Eastern Studies in Honor of P. Kyle McCarter Jr. P. 301–303 avec notes : maison/KTU 1.65, fils d’El/Athirat/Baal fils de Dagan, lecture El ancien/Baal guerrier. Pages sélectionnées, pas chapitre ni volume complets. Revenir au texte ↑
  14. Jeffery B. Lloyd (1994). The Goddess Anat: An Examination of the Textual and Iconographic Evidence from the Second Millennium B.C. University of Edinburgh doctoral thesis. P. 181–184, 191–192, 197–198, 203–208 lues pour El et Baal : palais/médiation/deuil/Mot, lacune du retour et limites saisonnières. Réemploi délimité, pas thèse entière. Revenir au texte ↑
  15. Peter C. Craigie (1983). Ugarit, Canaan, and Israel. Tyndale Bulletin 34, 145–167. DOI: 10.53751/001c.30586. P. 145–146, 165–167 seulement ; PDF 1–2, 21–23. Ville/royaume/région, intérêt/limites comparatives. P. 166 rendue et examinée visuellement. Article non intégralement lu ; opinion 1983 non assimilée à toute la recherche actuelle. Revenir au texte ↑
  16. Anne-Sophie Dalix. Édition et exploitation des documents inédits rédigés en cunéiformes alphabétiques. Mission de Ras Shamra–Ougarit. Fragments/raccords/pâte/écriture/contextes/dispersion ; environ 300 décrit le corpus du projet, pas un inventaire actualisé de tous les inédits. Revenir au texte ↑
  17. Musée du Louvre. Tablette: abécédaire incomplet. AO 19992 / RS 10.087, KTU 5.4. Abécédaire incomplet, 7 lettres manquantes, datation muséale 1400–1200, trouvé 1938. Différent deRS 12.033. Photo libre de Rama distincte des photos protégées du musée. Revenir au texte ↑

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IL Archive, «Ougarit», Édition 1, https://ilarchive.com/fr/studies/ugarit-city-and-gods