Étude
D’où vient Yahvé ?
Une étude approfondie d’un sujet, accompagnée de preuves et de références.
Entre Séïr, Édom, Madiân et la plus ancienne trace du nom : ce qu’établissent les listes Yhw, la poésie méridionale et le récit de Moïse, et où commence l’hypothèse de transmission du culte.
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Dates
Les dates ont des rôles distincts. La chronologie utilise la création, la composition ou la période couverte, plutôt que la publication ou la découverte.
- Période étudiée
- Environ De 1400 avant notre ère à 800 avant notre ère
Texte
Un nom dont les traces orientent vers le sud
Nous connaissons bien YahvéYahwehNom propre divin écrit YHWH dans la Bible hébraïque.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication par les textes hébraïques. Pourtant, lorsqu’on cherche à suivre son nom avant l’Israël historique, le parcours ne commence ni à JérusalemJérusalemJérusalem est une ville importante pour le judaïsme, le christianisme et l’islamGlossaire · Cliquez pour lire l’explication ni à Samarie. Plusieurs témoignages orientent le regard vers Séïr, Édom, Témân, Parân, le SinaïSinaï : péninsule et montagne bibliqueLe Sinaï est une péninsule à l’est de l’Égypte ; dans la Torah, le nom désigne aussi la montagne de la révélation à MoïseGlossaire · Cliquez pour lire l’explication et MadiânMadiânNom de groupes et d’un espace du désert dans les récits hébraïques ; lien de Moïse avec son prêtre fondant une hypothèse, non preuve de transmission du culte de Yahvé.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication : un monde de montagnes et de désert situé au sud ou au sud-est du cœur d’Israël.
La poésie hébraïqueHébreuLangue sémitique du Nord-Ouest appartenant au groupe cananéen, avec des formes anciennes et modernes.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication représente le dieu arrivant de ces régions. Une liste égyptienne du XIVe siècle avant notre ère porte un nom généralement transcrit Yhw, associé aux ShasouShasouDésignation égyptienne de groupes pastoraux mobiles ; Yhw figure dans leurs listes sans identifier automatiquement un dieu ou Israël.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. Puis le récit de MoïseMoïseFigure centrale de l’Exode, des traditions de la Torah et du Coran ; les récits d’enfance diffèrent.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication fait de Madiân et du désert le cadre de la révélation du nom. Ces documents gardent-ils le souvenir d’un culte venu du sud ? C’est une hypothèse influente, mais chaque catégorie de témoignage pose une question différente. Il s’agit d’établir ce que permettent les traces conservées, sans présupposer une patrie originelle.
Yahvé n’est pas un dérivé linguistique d’El
ElIl sémitiqueAncien mot sémitique désignant une divinité ; son emploi linguistique n’identifie pas à lui seul une figure divine.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication appartient à l’ancienne famille lexicale sémitique ʾil-, « dieu ». Le mot peut être un nom communNom communMot désignant une catégorie, comme « dieu », plutôt qu’un individu déterminé.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication ou le nom d’une divinité particulière, comme à OugaritOugaritVille et royaume anciens de Ras Shamra, sur la côte syrienne, florissants entre le XIVe et le début du XIIe siècle avant notre ère, avec des archives multilingues.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. YHWH — יהוה est un autre nom, écrit avec quatre lettres hébraïques : yod, hé, waw, hé. D’où l’appellation TétragrammeTétragrammeAppellation de YHWH écrit avec quatre lettres hébraïques ; ne détermine ni première prononciation ni étymologie.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication.
El et Yahvé peuvent converger sur le plan religieux, et les noms et épithètes d’El devenir des façons de désigner Yahvé. Cela ne fait pas de l’un un dérivé linguistique de l’autre. La convergence, ou l’origine de Yahvé comme dieu indépendant ou manifestation d’El, pose des questions différentes de celles qui concernent l’origine des mots. [1]
Que signifie le nom ?
Exode 3:14 contient ehyeh asher ehyeh, avec un sens proche de « je suis qui je suis » ou « je serai qui je serai ». Le contexte relie le nom à l’être, sans garantir la conservation de sa première étymologie historique. [11]
Les études discutent des liens avec h-w-y / h-y-y, d’une lecture causative comme « celui qui fait exister » et d’un rapprochement avec le souffle. Aucune explication ne tranche la question. Heath Dewrell examine les difficultés des propositions courantes et rappelle qu’une étymologie ne révèle pas automatiquement tous les caractères d’un dieu ni la manière dont les générations suivantes le comprenaient. Une dérivation discutée ne suffit donc pas à établir un « dieu de l’orage originel ». [2]
Comment les auteurs de l’Exode interprétaient-ils le nom ? Le texte répond à cette question. Comment le nom est-il apparu avant eux ? C’est une autre enquête.
Un dieu arrivant d’ailleurs
Plusieurs passages poétiques retiennent l’attention parce que leur point de départ n’est pas Jérusalem :
- En Juges 5:4–5, dans le Chant de Débora, Yahvé sort de Séïr et s’avance depuis le territoire d’Édom ; la terre tremble et l’eau tombe. [3]
- En Deutéronome 33:2, il vient du Sinaï, se lève depuis Séïr et resplendit depuis le mont Parân. [4]
- En Habacuc 3:3, Dieu vient de Témân et le Saint du mont Parân ; Madiân apparaît au verset sept dans l’image du tremblement. [5]
- Au Psaume 68:8–9, selon la numérotation hébraïque, Dieu marche devant son peuple dans le désert et la scène évoque le Sinaï. Certaines traductions numérotent ces versets 68:7–8. [6]
Cette récurrence géographique mérite une explication. Elle ne rend pas les textes entièrement indépendants : ils peuvent partager une tradition littéraire ou se reprendre. La répétition d’une orientation méridionale ne prouve pas, à elle seule, le lieu où le culte a été inventé.
Séïr, Édom et Témân
La géographie biblique associe Séïr à Édom, au sud et au sud-est de la mer MorteMer MorteLa mer Morte est un lac salé de la vallée du Jourdain, près de sites où furent trouvés des manuscrits anciensGlossaire · Cliquez pour lire l’explication. Dans le Chant de Débora, les noms figurent ensemble. Témân possède également des associations édomites et méridionales, et les mots de cette famille peuvent désigner le sud. Il s’agit de noms régionaux et de traditions, plutôt que des coordonnées d’un point unique.
Le texte situe l’apparition du dieu dans ce paysage. Identifier ses premiers fidèles comme Édomites, ou faire du royaume d’Édom de l’âge du Fer l’exportateur de son culte, demande d’autres preuves. Un ancien monde pastoral ne doit pas être confondu avec des frontières politiques apparues plus tard. Juan Manuel Tebes examine ces témoignages dans un modèle d’origine méridionale, tandis que les lieux précis et les voies de transmission restent des questions de recherche. [7]
Parân et le Sinaï : aucune carte certaine
Parân figure à côté de Séïr, du Sinaï et de Témân dans les traditions du désert méridional. Il n’existe pas d’identification archéologique consensuelle du mont Parân visé par la poésie. On ne peut pas davantage transformer l’ensemble en itinéraire aux étapes établies.
Le Sinaï, ou Horeb dans d’autres traditions, est le lieu de révélation dans le récit biblique. La localisation historique de la montagne reste discutée. Les traditions ultérieures la plaçant au sud de la péninsule du Sinaï ne déterminent pas le lieu de la première apparition divine. Le poids historique réside dans l’ensemble des noms et leur contexte, plutôt que dans une épingle sur une carte moderne.
La poésie est-elle assez ancienne ?
La poésie peut conserver des traditions antérieures au cadre qui les transmet, mais cette possibilité demande examen. Chaque ligne des Juges ou du Deutéronome ne remonte pas nécessairement au XIIe siècle avant notre ère. La datation de ces passages est discutée, et un style archaïque ne détermine pas à lui seul l’âge d’une idée ou de la dernière révision d’un texte. Tebes présente les différentes dates du Chant de Débora et les objections à l’ancienneté présumée de tous les témoignages. [7]
Daniel Fleming donne du poids à la poésie dans son réexamen de l’hypothèse madianite, sans y voir la preuve que les habitants des régions nommées étaient les premiers fidèles de Yahvé. « Yahvé vient du sud » reste une affirmation plus limitée que « son culte y est né ». [9]
Soleb : Yhw avant la mention d’Israël
Au temple de Soleb, dans le nord du Soudan actuel, une liste égyptienne du règne d’Amenhotep III, vers 1390–1352 avant notre ère, conserve une expression transcrite approximativement tꜣ šꜣsw yhwꜣ. On la traduit généralement par une formule proche de « pays des Shasou de Yhw ». Elle appartient à une représentation égyptienne de territoires et de groupes étrangers, plutôt qu’à un texte de culte de Yahvé. La conservation de l’inscription en Nubie ne situe pas le groupe qu’elle nomme. [8]
Un nom semblable apparaît dans une liste d’Amara Ouest du règne de Ramsès II, au XIIIe siècle avant notre ère. Mais cette liste pourrait être une copie révisée de la tradition de Soleb : les deux ne constituent donc pas nécessairement des témoignages entièrement indépendants sur un même groupe ou culte. [7]
Ces documents précèdent la stèle de MérenptahStèle de MérenptahInscription royale égyptienne contenant une ancienne attestation extérieure du nom Israël.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, qui mentionne Israël vers 1208 avant notre ère, et sont antérieurs de plusieurs siècles à la stèle de MéshaStèle de MéshaInscription du roi moabite Mésha au IXe siècle avant notre ère ; ligne 18 mentionnant les objets de Yahvé, témoin extérieur clair du dieu associé à Israël.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. [20] Leur ordre chronologique ne résout pas l’identité de Yhw.
Qui étaient les Shasou ?
ShasouShasouDésignation égyptienne de groupes pastoraux mobiles ; Yhw figure dans leurs listes sans identifier automatiquement un dieu ou Israël.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication est une désignation égyptienne de groupes pastoraux mobiles ou partiellement mobiles, plutôt que le nom établi d’un peuple unique ou d’un État unifié. Elle leur est extérieure, et nous ignorons s’ils l’utilisaient pour se désigner eux-mêmes.
« Shasou de Yhw » ne signifie donc pas automatiquement « Israélites adorant Yahvé ». Le texte ne nomme ni Israël ni le culte d’un dieu. Fleming insiste sur la lecture des unités de la liste dans un monde pastoral et considère que la liste égyptienne seule ne situe pas Yhw à Séïr ou en Édom. [8][9]
Le nom et le cadre pastoral sont significatifs. Identifier le groupe à l’Israël ultérieur constitue une autre inférence.
Yhw est-il un nom divin dans l’inscription ?
La lecture habituelle rapproche Yhw de Yahvé, peut-être comme nom d’un territoire ou d’un groupe associé à une divinité. Mais l’expression égyptienne ne dit pas explicitement « le dieu Yahvé ».
Fleming propose de partir du nom d’une unité du monde shasou, puis d’en examiner le rapport avec le nom divin ultérieur. Il conteste la déduction directe d’une patrie méridionale précise ou d’un culte explicitement attesté à partir de ce document. Le modèle de Tebes accorde davantage de poids au lien méridional. Le désaccord concerne l’interprétation, plutôt que la présence du nom dans la liste. [8][9]
Une formulation précise serait : Yhw est le plus ancien candidat extérieur connu pour un lien avec le nom attesté plus tard comme YHWH, sans être une attestation incontestable du dieu. Même lorsqu’un lien historique est jugé probable, la ressemblance ne suffit pas à expliquer comment un nom de groupe ou de lieu est devenu un nom divin, ni à établir le sens de cette évolution.
Pourquoi le témoignage égyptien reste-t-il important ?
Il apporte à l’histoire du nom un document daté indépendamment du récit biblique. Nous avons Yhw dans une liste de l’âge du Bronze récentBronze récentPériode archéologique située généralement vers 1600–1200 avant notre ère au Proche-Orient, selon les régions.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, une poésie sur un dieu venant du sud et un récit reliant Moïse à Madiân. Leur croisement demande une explication qui conserve leurs différences.
L’inscription établit la présence du nom. La poésie établit une tradition géographique dans le texte conservé. Le récit établit l’importance de Madiân dans l’histoire de Moïse. Le transfert d’un culte entre des groupes précis à une époque précise est une reconstruction historique fondée sur ces matériaux, et reste révisable.
Moïse à Madiân
En Exode 2:15–22, Moïse fuit l’Égypte pour MadiânMadiânNom de groupes et d’un espace du désert dans les récits hébraïques ; lien de Moïse avec son prêtre fondant une hypothèse, non preuve de transmission du culte de Yahvé.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, rejoint une famille sacerdotale et épouse Séphora. Son père est nommé Réouël dans ce contexte. [10] En Exode 3:1, Moïse garde le troupeau de Jéthro, prêtre de Madiân et son beau-père, puis atteint Horeb, la montagne de Dieu ; la révélation du nom dans le buisson commence alors. [11]
Cela explique l’intérêt des historiens pour un lien possible entre le culte de Yahvé et Madiân. Le récit ne dit pourtant pas explicitement que Jéthro était prêtre de Yahvé avant Moïse. En Exode 18:10–12, il bénit Yahvé, reconnaît sa grandeur et offre des sacrifices après avoir entendu le récit de la sortie d’Égypte. Cela établit son rôle narratif, sans établir un sens antérieur de transmission religieuse. [12]
L’hypothèse madianite et qénite
Sa forme classique propose que des groupes méridionaux, madianites ou qénites, connaissaient le culte de Yahvé avant Israël, et que Moïse ou un groupe associé à lui l’a transmis. Dire que « Moïse a rencontré le dieu de Jéthro » résume l’hypothèse, plutôt qu’une affirmation explicite de l’Exode.
Joseph Blenkinsopp résume l’histoire de ce modèle, influent depuis le XIXe siècle, par quatre lignes d’argumentation : les liens madianites de Moïse, la poésie méridionale, les listes égyptiennes et les traditions concernant Caïn et les Qénites. Ce sont des arguments qui se recoupent, plutôt que quatre textes disant la même chose. [13]
Même si l’on suppose un noyau historique derrière Moïse, son séjour à Madiân n’établit pas l’adoption de la religion de son prêtre. Il faudrait aussi identifier la divinité de celui-ci, l’antériorité du culte et le mécanisme de transmission. Les sources ne fournissent pas ces maillons sans ambiguïté. [9]
Le problème des liens entre les Qénites et la famille de Moïse
Les noms et les relations des proches varient selon les textes. Juges 4:11 relie Hobab à la famille de Moïse et aux Qénites, tandis que Nombres 10:29 le relie au Madianite Réouël. Juges 1:16 fait des descendants du beau-père de Moïse des participants au mouvement avec Juda. Ces relations ne livrent pas une généalogie historique concordante.
Jacob Wright interprète certains de ces liens comme un travail littéraire intégrant les Qénites à la mémoire d’Israël par la famille de son fondateur. Il s’agit d’une interprétation savante des connexions entre traditions, plutôt que de l’affirmation que toute relation historique est impossible. Elle empêche de traiter un arbre familial composite comme un document direct de l’âge du Bronze. [14]
Le récit peut conserver le souvenir de relations entre groupes et aussi les reconstruire. Distinguer ces possibilités fait partie de l’enquête.
Yahvé était-il le dieu d’Édom ?
Séïr et Témân dans la poésie n’établissent pas Yahvé comme dieu national du royaume d’Édom. Qôs est important dans l’Édom de l’âge du Fer et doit être distingué de Yahvé. Un témoignage sur un dieu dans un royaume ultérieur ne détermine pas les croyances de groupes pastoraux antérieurs et n’exclut pas leur diversité. [7]
Un modèle méridional prudent concerne un paysage de groupes et de contacts, plutôt qu’un transfert institutionnel documenté d’Édom à Israël. Le lieu d’où vient un dieu dans la poésie peut être un centre cultuel, un lieu de manifestation ou une géographie sacrée, plutôt que la première patrie de son culte. [9]
Orage et guerrier : la première fonction reste discutée
La terre tremble et l’eau tombe dans le Chant de Débora ; montagnes, chars et arc apparaissent dans l’imagerie du guerrier divin chez Habacuc. Ces caractères figurent dans les textes. [3][5] Certains chercheurs les utilisent pour reconstruire un Yahvé ancien guerrier, doté de caractères orageux.
Sa représentation dans la poésie conservée ne détermine pourtant pas sa fonction pour le premier groupe portant le nom. BaalBaalDieu de l’orage et protagoniste du Cycle de Baal à Ougarit ; royauté active tandis qu’El garde son importance et autorise le palais.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication et le monde divin cananéen ont pu influencer certaines images ultérieures. Une étymologie discutée ne tranche pas la question, et l’orage seul ne situe pas une origine. Le nom, la géographie et les caractères du dieu sont des problèmes liés, sans que l’un réponde automatiquement aux autres. [2]
Quelle place pour El dans l’histoire d’Israël ?
Le nom IsraëlIsraël antiqueNom d’une population ancienne et de traditions historiques ultérieures, attesté sur la stèle de Mérenptah.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication contient El, et les traditions conservent des noms comme El ShaddaïEl ShaddaïNom ou titre composé avec El, lié aux récits ancestraux et identifié à Yahvé en Exode 6 ; sens et étymologie de Shaddaï incertains.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication et El ElyônEl ElyônNom ou titre signifiant « Dieu Très-Haut », associé à Yahvé dans Genèse 14 en hébreu. Elyôn ne désigne pas toujours un dieu indépendant.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication. Mais un élément divin dans le nom d’un groupe n’établit ni la divinité de chacun de ses membres ni la succession des changements de croyance.
En Exode 6:2–3, le locuteur distingue son apparition aux ancêtres comme El Shaddaï de sa connaissance sous le nom de Yahvé. C’est un témoignage littéraire important, sans qu’il faille le généraliser à toute la Bible : la Genèse utilise elle-même Yahvé dans les récits patriarcaux. [19]
Un modèle influent propose une convergence ou une identification entre Yahvé et El, Yahvé acquérant des épithètes et la position d’El. Les études discutent aussi une origine dans une manifestation locale d’El. Il n’existe pas de récit consensuel unique de la transition. On peut défendre la distinction entre convergence religieuse et dérivation linguistique, et entre les textes dans leur forme finale et l’histoire que les chercheurs tentent de retrouver. [1][18]
Un dieu arrivé en Israël, ou un nom dans sa formation ?
L’image traditionnelle suppose un Israël déjà présent en Canaan, empruntant un dieu au sud. Fleming propose un autre modèle : un nom lié à un groupe pastoral peut révéler la diversité participant à la formation même d’Israël, plutôt qu’un peuple achevé adoptant simplement un culte extérieur. C’est une proposition de reconstruction historique, plutôt qu’un fait établi par la seule liste égyptienne. [16]
Son réexamen du nom conclut que les liens poétiques et narratifs avec les groupes voisins n’identifient pas les premiers fidèles du dieu, et que le témoignage égyptien ne le nomme pas explicitement comme divinité. [15] Le mécanisme de transmission reste donc ouvert, même parmi les chercheurs qui prennent ces documents au sérieux.
La stèle de Mésha, de Moab au IXe siècle avant notre ère, mentionne les objets de Yahvé à la ligne 18 dans le récit de la prise de Nébo. Nous atteignons ici un témoignage extérieur clair sur le dieu associé à Israël. [2] AO 5066, conservée au Louvre, est en basalte, brisée, réassemblée et complétée : toute sa surface photographiée n’est pas de la pierre ancienne intacte. [17]
Entre Yhw au XIVe siècle et Yahvé clairement attesté au IXe se trouve une lacune documentaire, plutôt que des siècles à remplir par une histoire certaine. Le premier témoignage conservé n’est pas nécessairement le premier usage du nom.
Ce que nous savons et ce que nous ignorons
- Certain : YHWH et El sont des noms linguistiquement différents, même lorsque les traditions ultérieures les appliquent au même dieu.
- Certain : plusieurs passages hébraïques conservent une géographie méridionale de l’apparition divine ; leurs dates et leurs relations littéraires ne sont pas toutes fixées.
- Certain : Yhw figure dans les listes égyptiennes des Shasou à l’âge du Bronze récent ; son identité comme nom divin et sa localisation précise restent non démontrées.
- Probable dans de nombreux modèles savants : un lien historique existe entre ce nom et Yahvé ultérieur, et les traditions méridionales comptent pour interpréter son histoire ancienne.
- Possible : des groupes madianites ou qénites, ou un autre groupe pastoral, ont contribué à diffuser le culte ou à former Israël.
- Non démontré : Jéthro adorait Yahvé avant Moïse, Moïse a adopté son culte, ou une tribu ou montagne connue représente le premier commencement.
Un dieu qui venait
Avec le moins d’hypothèses possible, la poésie oriente l’enquête vers les marges montagneuses méridionales : Séïr, Édom, Témân, Parân et le Sinaï. Madiân ouvre une voie narrative, tandis que Yhw égyptien ouvre une voie datée vers le monde shasou, dont la localisation reste incertaine.
Nous ne connaissons ni le premier temple ni le premier prêtre. Aucun texte du XIVe siècle avant notre ère ne dit sans ambiguïté « nous adorons le dieu Yahvé ». Pourtant, la mémoire conservée porte une image frappante : le dieu se déplace, la terre tremble, il apparaît depuis le désert et devient associé à Israël et à Juda.
Yahvé réunira plus tard le langage de la royauté, de la création et du jugement, des caractères associés à El et l’imagerie de l’orage. Leur réunion relève d’une autre enquête historique, plutôt que d’une conclusion inévitable de la liste de Soleb. Les premiers témoignages permettent de suivre les fils d’un nom sans fournir un acte de naissance divin. La recherche doit préserver la distance entre un fil et la certitude.
Références et notes
- Heath D. Dewrell & Andrew M. Garbarino (2023). Names of God in the Hebrew Bible. Oxford Bibliographies. doi:10.1093/obo/9780195393361-0318. Introduction ouverte : El nom commun ou dieu, noms composés, modèles de convergence et de manifestation locale. Article et bibliographie non lus intégralement. Revenir au texte ↑
- Heath D. Dewrell (2022). Yahweh the Destroyer: On the Meaning of יהוה. In Biblical and Ancient Near Eastern Studies in Honor of P. Kyle McCarter Jr., eds. Christopher Rollston, Susanna Garfein & Neal H. Walls. SBL Press. P. 5–10 choisies : étymologies discutées, formes yhwh/yhw/yh/yw, prudence sur les caractères tirés d’un nom ; p. 7, Mésha KAI 181.18. P. 5 contrôlée visuellement. Le titre ne constitue pas un consensus sur « destructeur ». Livre entier non lu. Revenir au texte ↑
- Hebrew Bible, Judges 5:4–5. Mechon-Mamre Hebrew–English text. Juges 5:4–5 : Séïr, Édom, terre tremblante et eau. Texte affiché vérifié ; ne date pas la composition du chant. Revenir au texte ↑
- Hebrew Bible, Deuteronomy 33:2. Mechon-Mamre Hebrew–English text. Deutéronome 33:2 : Sinaï, Séïr, mont Parân. Ne détermine ni coordonnées ni âge du texte. Revenir au texte ↑
- Hebrew Bible, Habakkuk 3:3, 7–10. Mechon-Mamre Hebrew–English text. 3:3 Témân/Parân ; 3:7 Madiân ; 3:8–10 chars, arc, montagnes. Image littéraire, non preuve de la première fonction du dieu. Revenir au texte ↑
- Hebrew Bible, Psalm 68:8–9, Hebrew numbering. Mechon-Mamre Hebrew–English text. Numérotation hébraïque 68:8–9 ; 68:7–8 dans certaines traductions. Marche au désert et Sinaï. Aucune date de composition présumée. Revenir au texte ↑
- Juan Manuel Tebes (2018). The Southern Home of YHWH and Pre-Priestly Patriarchal/Exodus Traditions from a Southern Perspective. Biblica 99(2), 166–188. doi:10.2143/BIB.99.2.3284919. Passages p. 169–172 sur listes, poésie, datation et transmission ; p. 183 sur Qôs. P. 170 contrôlée visuellement. Origine méridionale comme modèle de l’auteur, non consensus. Article intégral et toutes localisations non vérifiés. Revenir au texte ↑
- Daniel E. Fleming (2020). Yhwʒ of Shasu-Land. Yahweh before Israel, chapter 2, pp. 23–66. doi:10.1017/9781108875479.003. Résumé et données : Soleb/Amenhotep III, Amara Ouest/Ramsès II, lien conditionnel au nom divin. Non chapitre entier ni lecture hiéroglyphique indépendante. Limites groupe/lieu également dans les résumés 3/5. Revenir au texte ↑
- Daniel E. Fleming (2020). The Midianite Hypothesis: Moses and the Priest of Midian. Yahweh before Israel, chapter 3, pp. 67–110. doi:10.1017/9781108875479.004. Résumé : preuve égyptienne ne donnant pas directement une origine méridionale, Yhw non situé sûrement en Séïr/Édom, poids accru de la poésie. Résumé seulement ; limites sur les premiers fidèles aussi dans le résumé 5. Revenir au texte ↑
- Hebrew Bible, Exodus 2:15–22. Mechon-Mamre Hebrew–English text. Fuite à Madiân, prêtre, Réouël, Séphora. Événements non traités comme document contemporain de Moïse. Revenir au texte ↑
- Hebrew Bible, Exodus 3:1, 13–15. Mechon-Mamre Hebrew–English text. 3:1 Jéthro prêtre de Madiân et Horeb ; 3:13–15 ehyeh et révélation du nom. Interprétation du texte distinguée de la première étymologie. Revenir au texte ↑
- Hebrew Bible, Exodus 18:10–12. Mechon-Mamre Hebrew–English text. Bénédiction, reconnaissance et offrandes de Jéthro après le récit de l’Exode ; non preuve d’un culte antérieur à Moïse. Revenir au texte ↑
- Joseph Blenkinsopp (2008). The Midianite-Kenite Hypothesis Revisited and the Origins of Judah. Journal for the Study of the Old Testament 33(2), 131–153. doi:10.1177/0309089208099253. Résumé seulement : hypothèse depuis le XIXe siècle et quatre arguments, dont Caïn/Qénites. Texte entier non lu. Revenir au texte ↑
- Jacob L. Wright (2020). Jael’s Identities. War, Memory, and National Identity in the Hebrew Bible, chapter 14, pp. 222–236. doi:10.1017/9781108691512.016. Sections HTML ouvertes choisies Kenites and Solidarity / The Kenites in the Biblical Landscape : Juges 1:16, 4:11, Nombres 10:29, intégration par parenté de Moïse. Lecture attribuée à Wright. PDF indisponible ; livre entier non lu. Revenir au texte ↑
- Daniel E. Fleming (2020). The Name Yahweh. Yahweh before Israel, chapter 5, pp. 162–184. doi:10.1017/9781108875479.006. Résumé : parenté voisine ne désignant pas les premiers fidèles ; usage égyptien explicite non divin et sans localisation particulièrement méridionale. Résumé seul, non chapitre intégral. Revenir au texte ↑
- Daniel E. Fleming (2020). Yahweh before Israel: Glimpses of History in a Divine Name. Cambridge University Press. doi:10.1017/9781108875479. Description de l’éditeur : groupe pastoral, diversité d’Israël plutôt qu’emprunt simple extérieur. Imprimé 3 décembre 2020. Description et résumés choisis lus, non livre intégral. Revenir au texte ↑
- Musée du Louvre. Stèle de Mesha, AO 5066 / MNB 752 / KAI 181. Notice de l’original : Dhiban, basalte, réassemblée/complétée ; plage 830–805 avant notre ère, description aussi après 842. Article au IXe siècle sans fixer d’année. Droits Tangopaso vérifiés sur Commons ; copie web reçue documentée. Revenir au texte ↑
- Mark S. Smith (2001). El, Yahweh, and the Original God of Israel and the Exodus. The Origins of Biblical Monotheism. Oxford University Press. Résumé indexé seulement : élément El dans Israël et hypothèse d’El comme premier dieu. Accès direct indisponible. Nom seul ne prouvant ni religion homogène ni succession certaine des traditions. Revenir au texte ↑
- Hebrew Bible, Exodus 6:2–3. Mechon-Mamre Hebrew–English text. Distinction de ce passage entre El Shaddaï et Yahvé. Non généralisée à tous les livres ni preuve de la première apparition historique du nom. Revenir au texte ↑
- National Museum of Egyptian Civilization. Merenptah (Baenre Merinetjeru). Paragraphe Mérenptah : stèle d’Israël et première mention. Paragraphes suivants mêlant Ramsès III non utilisés. Vers 1208 avant notre ère concorde avec l’entrée existante ; page non notice détaillée de l’objet. Revenir au texte ↑
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IL Archive, «D’où vient Yahvé ?», Édition 1, https://ilarchive.com/fr/studies/yahweh-origins