Étude
La ressemblance ne prouve pas l’emprunt
Une étude approfondie d’un sujet, accompagnée de preuves et de références.
De Moïse et Sargon au déluge et au conseil céleste : comparaison historique, traditions et copies, relation et direction, origine commune, intermédiaires et développement indépendant.
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Texte
Quand la ressemblance paraît donner la réponse
Un enfant placé dans un panier près de l’eau devient un grand personnage. Un déluge détruit l’humanité, mais un homme survit dans un bateau. Un dieu suprêmeDieu suprêmeDivinité occupant une position supérieure parmi d’autres dieux ; cela n’implique pas à soi seul le monothéisme.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication siège parmi des êtres célestes. Ces images juxtaposées suscitent des verdicts rapides : MoïseMoïseFigure centrale de l’Exode, des traditions de la Torah et du Coran ; les récits d’enfance diffèrent.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication viendrait de Sargon, NoéNoéNoé est le personnage du déluge dans la Genèse et un prophète dans le CoranGlossaire · Cliquez pour lire l’explication de Gilgamesh, le conseil de YahwehYahwehNom propre divin écrit YHWH dans la Bible hébraïque.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication de celui d’El.
La ressemblance ouvre la question sans la résoudre. Elle peut révéler un lien historique, un héritage commun ou un thème répandu. Il faut expliquer les témoins avec le moins d’hypothèses possible, en distinguant les connaissances des incertitudes.
La ressemblance est un constat ; la transmission, une explication
Dire que deux textes se ressemblent décrit un fait examinable. Dire que l’un emprunte à l’autre ajoute une histoire : source, destinataire, direction et voie de transmission. Ces éléments demandent une argumentation distincte.
On distingue l’emprunt littéraireEmprunt littéraireUsage d’un matériau antérieur dans une nouvelle œuvre.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication à un texte ou une tradition antérieure de la dépendance littéraireDépendance littéraireRapport expliquant la composition d’un texte par un autre.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, lorsque la composition d’un texte s’explique le mieux par son rapport à un autre. Même si le lien paraît probable, sa direction ou ses intermédiaires peuvent rester inconnus. Cooper Smith sépare précisément relation et direction. [3]
L’avertissement de Sandmel
Dans « Parallelomania », publié en 1962, Samuel SandmelSamuel SandmelChercheur auteur de « Parallelomania », publié en 1962.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication met en garde contre des ressemblances exagérées servant ensuite à déduire un lien littéraire et sa direction. Il ne faut pas lui attribuer l’invention du terme : il signale un emploi antérieur. [1]
La parallelomanieParallelomanieTransformer des parallèles exagérés en dépendance insuffisamment étayée.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication désigne ce risque. Le remède est une comparaison attentive, après lecture de chaque texte dans son contexte. Des extraits assemblés peuvent rapprocher artificiellement deux œuvres dont les structures complètes diffèrent.
Quelle affirmation examinons-nous ?
« Les récits du déluge ont un lien historique » diffère de « l’auteur de la Genèse a copié la tablette XI de Gilgamesh ». La seconde proposition précise une œuvre, un acteur et une rencontre.
Plus l’affirmation est précise, plus sa preuve doit l’être. On peut défendre une transmission vers un nouveau milieu sans identifier l’exemplaire reçu ni la langue intermédiaire. Les lacunes n’autorisent pas à imaginer un rédacteur installé devant une tablette particulière.
Cinq explications à garder ouvertes
Un texte peut utiliser directement un autre texte. Tous deux peuvent hériter d’une tradition communeTradition communeMatériau hérité par plusieurs textes sans dépendance directe entre eux.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication plus ancienne. Le matériau peut passer par des intermédiaires ou des récits successifs. Un milieu culturel peut partager des images sans source écrite unique. Un développement indépendantDéveloppement indépendantÉléments semblables apparaissant sans transmission historique entre eux.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication peut résulter d’expériences ou de contraintes comparables.
Ces possibilités ne sont ni également probables dans tous les cas ni toujours exclusives. Une tradition commune peut connaître ensuite des emprunts internes. La comparaison cherche l’explication qui rend le mieux compte des témoins et des différences.
Trois temporalités distinctes
Dater les textesDatation des textesDistinction entre époque racontée, composition et copie conservée.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication exige de distinguer l’époque racontée, la formation ou rédaction du récit et l’exemplaire conservé. L’histoire d’un roi ancien peut être composée des siècles plus tard ; une tablette tardive peut reproduire une tradition antérieure.
L’archéologie date un témoin matériel. L’âge du récit demande d’autres arguments linguistiques, textuels et historiques. L’ancienneté du protagoniste ne date pas chaque détail ; une copie tardive ne prouve pas une création contemporaine.
Sargon : le roi et la légende de naissance
Sargon d’AkkadSargon d’AkkadRoi du IIIe millénaire associé à des récits ultérieurs de naissance et d’ascension.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication est un roi du IIIe millénaire avant notre ère. Le témoin célèbre de sa légende de naissance, K 3401 et fragments associés, provient de NiniveNinive et KuyunjikNinive est une ville assyrienne ancienne près de Mossoul, au nord de l’Irak ; Kuyunjik est l’un de ses tells archéologiquesGlossaire · Cliquez pour lire l’explication néo-assyrienne. Un récit sur Sargon n’est pas pour autant un document de son époque. [4]
Les hypothèses sur sa composition ou son usage politique assyrien se distinguent de la datation de la tablette. La comparaison avec Moïse exige de dater les témoins et traditions, plutôt que d’opposer les vies supposées des deux protagonistes. [5]
Moïse et Sargon : ressemblances et différences
Panier végétal, poix, eau, sauvetage et ascension ultérieure forment un rapprochement significatif. Pourtant, Exode 2 ne dit pas que la mère de Moïse lâche le panier dans le courant : elle le place parmi les roseaux sur la rive, sous la surveillance de sa sœur. La fille de Pharaon intervient ; l’enfant retourne chez sa mère pour être allaité avant l’adoption. [5] [6]
Effacer ces détails simplifie et affaiblit la comparaison. Le thème de l’enfant menacé mérite l’étude, mais dépendance directe et direction demandent davantage.
L’antériorité permet la transmission sans la prouver
Pour qu’une forme textuelle serve de source à une autre, elle doit exister auparavant ou être disponible lors de sa composition. C’est une condition chronologique de l’hypothèse, non la preuve d’une transmission.
Le plus ancien témoin conservé peut être postérieur à l’origine de la tradition. Un témoin antérieur, une rédaction probablement antérieure et une tradition antérieure possible sont trois affirmations distinctes. Les confondre peut créer une direction fictive entre des passages dont l’âge relatif reste incertain.
Existait-il une voie entre les milieux ?
Commerce, guerre, migration, déportation, plurilinguisme et circulation des scribes offrent des voies possibles. La proximité géographique ne suffit pas : qui rencontre qui, quand, dans quelle langue, et quel matériau peut circuler ?
Les documents cunéiformes attestent des Judéens en Babylonie aux époques néo-babylonienne et perse. Ce contact historique compte, mais n’identifie aucun transmetteur du déluge et ne situe pas toute ressemblance mésopotamienne dans l’Exil. [7]
Le contact n’est pas l’arrivée d’un texte
Une communauté peut vivre à l’étranger sans lire la littérature locale. Un récit traduit ou oral peut atteindre quelqu’un qui ignore l’écriture source. Contact des populations, disponibilité du matériau et usage effectif doivent donc être distingués.
L’apprentissage d’une langue ou la circulation d’une œuvre rendent l’accès plus probable sans prouver l’emploi d’un passage. Inversement, l’absence de reçu écrit n’annule pas un lien fortement étayé. On cherche une voie plausible sans inventer les voyageurs manquants.
Un motif isolé et une configuration complexe
Un motif littéraireMotif littéraireÉlément narratif récurrent ne prouvant pas seul la dépendance.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication est un élément récurrent : enfant menacé, rêve, inondation. Sa présence dans deux textes peut être banale. Un ensemble inhabituel de détails reliés peut rendre un lien historique plus probable.
Le simple décompte trompe. Bateau, passagers et navigation ne constituent pas trois preuves indépendantes : certains éléments en impliquent d’autres. Il faut examiner rareté, relations et répartition dans d’autres œuvres. Emily West présente de tels critères sans les traiter comme un test automatique reconnu. [2]
Un exemple inventé pour clarifier la différence
Imaginons deux rois rêvant, dans un exemple pédagogique inventé et non un texte archéologique. Cette ressemblance est faible. Si chaque rêve contient un lion traversant un fleuve à contre-courant, puis un interprète réorganisant trois objets de la même manière insolite, la question devient plus sérieuse.
L’emprunt direct reste pourtant non démontré : les auteurs pourraient connaître un troisième récit. Un détail compte par sa capacité à départager les explications, non seulement par son étrangeté ou le nombre de mots communs.
Ordre et fonction narrative
Les mêmes éléments n’assurent pas nécessairement les mêmes fonctions. Un avertissement préalable diffère d’une explication après la catastrophe ; un sacrifice apaisant les dieux diffère d’une scène établissant une alliance durable.
L’argument devient plus fort lorsque les relations entre les éléments correspondent. L’adaptation peut pourtant changer ordre et fonction. Il faut expliquer ces changements dans le nouveau contexte, sans faire de chaque différence la preuve automatique d’une réécriture intentionnelle.
Le déluge : un ensemble de témoins
On possède un récit sumérien sur ZiusudraZiusudraRoi et prêtre du Récit sumérien du Déluge, copie paléo-babylonienne fragmentaire. Survit, sacrifie et reçoit la vie divine à Dilmun ; historicité non démontrée.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, AtrahasisAtrahasis : épopée et hérosÉpopée akkadienne : création pour le travail divin, multiplication, bruit et déluge. Atrahasis, « extrêmement sage », survit grâce à Enki ; reproduction réglementée après le désastre.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication avec un témoin paléo-babylonien du règne d’Ammi-saduqa, l’histoire d’UtnapishtimUtnapishtimHéros du déluge de Gilgamesh. Ea l’avertit ; il préserve la vie, puis lui et sa femme reçoivent une vie exceptionnelle. Personnage littéraire, non individu historiquement établi par l’archéologie.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication dans la tablette XI de GilgameshÉpopée de GilgameshTradition littéraire mésopotamienne plurielle sur le roi d’Uruk, Enkidu et la mort. La tablette XI standard conserve le déluge d’Utnapishtim ; date du manuscrit distincte de l’origine du récit.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, puis Noé dans la Genèse. Œuvres et exemplaires distincts ne forment pas un unique « texte sumérien ». [8] [9] [11] [12]
Les témoins mésopotamiens précèdent longtemps la forme finale de la Genèse. Dater chaque détail et identifier une source directe restent d’autres questions. La tablette photographiée date approximativement des VIIe–VIe siècles : elle ne date pas l’origine de la tradition d’Atrahasis. [17]
Détails du déluge : correspondances et écarts
Catastrophe divine, avertissement, construction d’un bateau, conservation de la vie, retrait des eaux et sacrifice composent un rapprochement plus riche qu’une simple inondation. Tous les récits ne conservent pas tous ces éléments ; certaines tablettes sont mutilées. [8] [11] [12] [13]
L’envoi d’oiseaux apparaît dans Gilgamesh et la Genèse : colombe, hirondelle et corbeau dans le premier ; corbeau puis essais répétés de la colombe dans la seconde. Les passages conservés de Ziusudra ne l’attestent pas. Cette absence ne tranche pas le contenu des parties perdues. [8] [11] [13]
Cause de la catastrophe et fin du récit
Atrahasis lie les crises à l’accroissement humain et, dans l’interprétation connue, au bruit troublant le dieu ; des mesures encadrent ensuite la continuation de l’humanité. La Genèse fonde le jugement sur le mal et la violence, puis relie la survie à une promesse et à l’alliance avec Noé, ses descendants et les êtres vivants. [10] [12] [14]
Gilgamesh montre des attitudes divines opposées envers la catastrophe et le survivant. La Genèse ne conserve pas cette division entre dieux, mais articule jugement, affliction et continuité promise. La parenté structurelle n’efface pas la transformation du sens. [11] [12] [13]
En Mésopotamie : des rapports littéraires plus étroits
Comparer Atrahasis au déluge de Gilgamesh ne repose pas seulement sur bateau et catastrophe. Des passages et expressions très proches, dans une tradition écrite akkadienneAkkadienLangue sémitique orientale ancienne, écrite en cunéiforme en Mésopotamie.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication, renforcent l’hypothèse d’un réemploi littéraire. Alan Millard souligne ce rapport dans son étude d’Atrahasis. [18]
Cette preuve diffère d’un simple rapprochement entre récits géographiquement éloignés. Le réemploi ne désigne pourtant pas nécessairement l’exemplaire consulté et n’implique pas une transmission intégrale sans modification.
Le conseil d’El et celui de Yahweh
OugaritOugaritVille et royaume anciens de Ras Shamra, sur la côte syrienne, florissants entre le XIVe et le début du XIIe siècle avant notre ère, avec des archives multilingues.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication présente ElEl à OugaritDivinité des traditions sémitiques occidentales, notamment à la tête de la famille divine dans les textes d’Ougarit.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication dans une communauté divine décrite par la famille et le conseil. Les textes hébreux conservent des groupes célestes et des expressions comme fils de DieuFils de DieuExpression hébraïque pour des êtres célestes dans des textes comme Job ; sens contextuel, non filiation biologique automatique ni liste fixe d’anges.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication ou assemblée d’El, avec YahwehYahwehNom propre divin écrit YHWH dans la Bible hébraïque.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication présidant plusieurs scènes. La comparaison sémitique occidentale est importante. [15] [16]
Elle ne démontre pas la copie d’une tablette ougaritique par un auteur israélite. Le conseil divinConseil divinReprésentation d’êtres divins formant une assemblée dotée d’une autorité et de rôles distincts.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication dépasse une seule cité et peut relever d’une continuité régionale. Ellen White avertit du risque d’imposer un schéma ougaritique à chaque scène hébraïqueHébreuLangue sémitique du Nord-Ouest appartenant au groupe cananéen, avec des formes anciennes et modernes.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication avant d’en étudier les particularités. [15]
Les membres des conseils ne sont pas interchangeables
Trône, assemblée et messager peuvent subsister alors que le statut des êtres change. Dans une lecture céleste du psaume 82, le président juge des êtres appelés dieux et annonce leur mort : ce n’est pas simplement une famille divine réunie. L’interprétation par des juges humains existe également. [16]
La continuité structurelle ne prouve pas que chaque ange ultérieur était une divinité ougaritique précise. Toute identité proposée demande des preuves distinctes. Des conseils ressemblants ne fournissent pas une table de correspondance de leurs membres.
Lire l’ensemble avant d’extraire les parallèles
Deux œuvres peuvent parler d’un père divin, l’une pour la généalogie des dieux, l’autre pour la protection d’un peuple. Un messager céleste peut servir une scène cultuelle ou expliquer une catastrophe politique.
Il faut examiner genre, locuteur, public, emplacement et raisonnement environnant, puis inscrire les différences à côté des correspondances. La comparaison devient vérifiable, au lieu de transformer les textes en réserves d’extraits favorables à une conclusion souhaitée.
Quand un développement indépendant est-il plausible ?
Mort, naissance, soleil, eau, maladie et pouvoir sont des expériences répandues. Deux sociétés peuvent imaginer un soleil vivant ou un roi représentant le ciel sans échanger de récit précis. Un sauvetage dans l’eau rend également un bateau peu surprenant.
Cela ne réduit pas toute ressemblance au hasard. On mesure ce que le sujet et le milieu rendent déjà prévisible. Les rapports inhabituels et détails non imposés par l’expérience renforcent la valeur explicative d’un lien historique.
Textes perdus et transmission orale
Le premier exemplaire conservé n’est pas forcément la première formulation. Un récit antérieur peut avoir disparu ; une transmission oraleTransmission oraleCirculation par récit et écoute, avec transformations possibles.Glossaire · Cliquez pour lire l’explication peut relier les témoins. Ces possibilités sont raisonnables vu la conservation limitée de la littérature ancienne.
La possibilité d’une perte ne prouve pas la source manquante nécessaire à notre hypothèse. On ne peut inventer un texte puis l’utiliser comme preuve, ni répondre à chaque objection par un intermédiaire sans trace. Une hypothèse solide signale ses lacunes et reste révisable.
Les récits pourraient-ils conserver un même événement ?
Plusieurs récits peuvent conserver la mémoire d’un événement réel, tel un déluge local, en le réinterprétant. Rapport littéraire et réalité de l’événement sont deux questions distinctes. Des histoires ressemblantes ne prouvent pas une inondation mondiale.
Un événement commun exige des indices indépendants sur dépôts, lieu, date et étendue, puis un rapprochement prudent avec les récits. Un même événement peut produire des histoires indépendantes ; des histoires liées peuvent s’éloigner fortement de leur point de départ.
Six questions pratiques pour comparer
Six questions organisent l’examen : comment dater témoins et formes comparées ? Existait-il contact et accès plausible ? Quels détails distinctifs correspondent ? Comment sont-ils reliés et ordonnés ? Quelles fonctions et différences présentent-ils ? Quelle alternative explique le mieux les données avec moins d’hypothèses ?
Cet outil de travail n’est pas une règle académique universelle imposant six cases équivalentes. Un indice peut être fort et un autre indisponible. Il faut peser leur ensemble et préciser ses limites. [2] [3]
Choisir les exemples après la conclusion
Examiner des milliers de textes puis présenter seulement les trois plus proches masque la fréquence des éléments prétendument rares. Découper une scène en dix points dépendants peut aussi gonfler la preuve.
Il faut expliquer la sélection, comparer d’autres exemples du même sujet et signaler les détails discordants. On distingue ainsi un lien particulier d’un schéma littéraire répandu. Une probabilité inventée est inutile ; une description transparente des comparaisons et exclusions est nécessaire.
Relation et direction sont deux questions
Une correspondance verbale ou structurelle peut rendre la relation très probable tandis que sa direction demeure contestée. Choisir automatiquement le texte célèbre ou le premier manuscrit ne résout rien.
On cherche une connaissance présupposée qu’un autre passage explique, des signes d’adaptation à un nouveau contexte et une datation aussi indépendante que possible. Les indices peuvent diverger ou s’expliquer par une source commune. Cooper Smith recommande de peser plusieurs arguments plutôt que de confier toute décision à un seul critère. [3]
La certitude concerne une affirmation précise
Il peut être certain que deux textes mentionnent oiseaux et bateau, probable que leurs traditions sont liées, possible qu’un intermédiaire oral les relie, et non démontré qu’un rédacteur ait copié une tablette précise. Ces jugements concernent des affirmations différentes.
« Certain » désigne un témoignage direct défini ; « probable », des indices forts convergents ; « possible », un appui limité ; « non démontré », des preuves insuffisantes. Non démontré ne signifie pas impossible. Chaque degré doit préciser raisons et limites.
Emprunt, adaptation et jugement moral
L’emprunt décrit un rapport historique, sans accusation automatique de plagiat. Un sujet connu peut être raconté pour une autre théologie, inversé ou intégré à une nouvelle œuvre. La recherche examine cette transformation.
Un lien établi n’efface pas la singularité du texte reçu ; cette singularité n’exclut pas le lien. Une réécriture polémique ou un renversement intentionnel demandent toutefois des preuves de contexte et de finalité, au-delà d’une simple différence entre récits.
Trois exemples, des jugements différents
Moïse et Sargon présentent un ensemble significatif de parallèles, sans que le panier tranche dépendance directe et direction. Pour le déluge, témoins et détails reliés favorisent fortement un rapport aux traditions mésopotamiennes, tandis que voie vers la Genèse et source précise restent non démontrées. [5] [6] [8] [11] [12] [13]
Pour le conseil céleste, la continuité sémitique occidentale est une explication forte ; la copie d’une tablette ougaritique particulière n’est pas établie. Ce sont les appréciations comparatives de cette étude, non un verdict unique imposé à toute paire de textes. [15] [16]
Du parallèle à une argumentation vérifiable
La ressemblance compte, mais exige histoire, contexte et alternatives. Une bonne argumentation identifie les témoins, distingue leurs dates, présente similitudes et différences, puis explique précisément quel rapport elle privilégie.
Établir la continuité d’une tradition est déjà un résultat substantiel, même sans nommer son transmetteur ni reconstituer tout son parcours. Une comparaison peut être importante sans devenir un récit de copie directe. Distinguer preuve et interprétation rend l’histoire des idées plus précise et révisable à chaque découverte.
Références et notes
- Samuel Sandmel, “Parallelomania”, JBL 81/1 (1962), pp. 1–13 Introduction et passages de contexte indexés lus ; article intégral non accessible directement. Il ne revendique pas la création du mot. Revenir au texte ↑
- Emily West, “The Transformation of Cyavana: A Case Study in Narrative Evolution”, Oral Tradition 31/1 (2017), pp. 77–122 p. 77–81, surtout p. 78 : critères et limites. Tigay 1993 est cité par West, non lu directement. Revenir au texte ↑
- Cooper Smith, “Inner-Biblical Allusion and the Direction of Dependence”, Journal of Hebrew Scriptures 22, article 6 (issue 2022; online 2023) Introduction et conclusion, p. 25–26 : relation avant direction ; critères ni équivalents ni universels. Revenir au texte ↑
- CDLI, P365306, K 03401 + Sm 2118: Sargon birth legend Métadonnées : Ninive, époque néo-assyrienne ; date du témoin distincte de la vie de Sargon. Revenir au texte ↑
- James A. Loader, “The beautiful infant and Israel’s salvation”, HTS 67/1 (2011), article 913 Introduction et section sur Moïse enfant : comparaison et interprétations ; dépendance directe non présentée comme consensus. Revenir au texte ↑
- Exodus 2:1–10, Hebrew text and JPS English translation Versets 1–10 : panier, poix, roseaux sur la rive, sœur, allaitement et adoption ; paraphrase analytique. Revenir au texte ↑
- Laurie E. Pearce, “Cuneiform Sources for Judeans in Babylonia …: An Overview”, Religion Compass 10/9 (2016), pp. 230–243 Résumé de l’autrice et bibliographie : Judéens en Babylonie ; aucun transfert narratif précis établi. Revenir au texte ↑
- ETCSL 1.7.4, The Flood Story, University of Oxford Traduction, segments A–E ; témoin fragmentaire de Ziusudra, sans envoi d’oiseaux dans les passages conservés. Revenir au texte ↑
- CDLI, P285811: Old Babylonian Atrahasis witness Notice et année 12 d’Ammi-saduqa ; date absolue tributaire de la chronologie. Revenir au texte ↑
- A. R. George and F. N. H. Al-Rawi, “Tablets from the Sippar Library VI. Atra-ḫasīs”, Iraq 58 (1996), pp. 147–190 Introduction accessible/indexée, p. 147 : création, reproduction, épidémies, sécheresse, famine et déluge ; édition entière non lue. Revenir au texte ↑
- Alexander Heidel, The Gilgamesh Epic and Old Testament Parallels, 2nd ed. (1949), Tablet XI translation Traduction, p. 81–87 : avertissement, bateau, survivants, oiseaux et sacrifice ; ancienne traduction savante, sans adhésion à toutes ses interprétations. Revenir au texte ↑
- Genesis 6:5–22, Hebrew text and JPS English translation Mal, violence, arche et survie ; non preuve indépendante d’un événement mondial. Revenir au texte ↑
- Genesis 8, Hebrew text and JPS English translation Versets 4–12 et 20–22 : échouage, corbeau et colombe, sacrifice et promesse ; ordre différent de Gilgamesh. Revenir au texte ↑
- Genesis 9:8–17, Hebrew text and JPS English translation Alliance avec Noé, descendants et êtres vivants ; fonction du récit dans la Genèse. Revenir au texte ↑
- Ellen White, Yahweh’s Council: Its Structure and Membership (2014), publisher preview Chapitre 1, p. 1–4 : comparaison ougaritique et risque d’imposer sa structure aux textes hébreux ; non livre intégral. Revenir au texte ↑
- Psalm 82, Hebrew text and JPS English translation Psaume entier ; lecture comparative des termes hébreux distincte des « juges » de JPS au verset 1. Revenir au texte ↑
- The Metropolitan Museum of Art, 86.11.378a: Atrahasis-tradition fragment Notice, image et métadonnées Open Access : vers VIIe–VIe siècles ; ni témoin paléo-babylonien ni célèbre tablette de Gilgamesh. Revenir au texte ↑
- A. R. Millard, The Atra-ḫasīs Epic and Its Place in Babylonian Literature (MPhil thesis, 1965), SOAS Résumé indexé, chapitre VI : passages identiques et probable réemploi dans Gilgamesh ; thèse intégrale non lue. Revenir au texte ↑
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IL Archive, «La ressemblance ne prouve pas l’emprunt», Édition 1, https://ilarchive.com/fr/studies/similarity-and-borrowing